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26/05/2007

Il y a bien longtemps...

"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine..."

star wars.jpgLe 25 mai 1977, le premier volet d'une trilogie mythique allait non seulement marquer un tournant dans l'histoire du cinéma, mais aussi l'imaginaire de toute une génération qui rêverait, longtemps après, de chevaliers Jedi pris dans la tourmente de guerres intergalactiques et de ces quelques mots devenus cultes : "Que la force soit avec toi !" La saga allait conquérir la planète et ses habitants, et verrait les générations d'après s'enthousiasmer pour le rêve d'un homme : un rêve qui eut pour nom STAR WARS.

Revenir sur cet événement, et sur ce que Frankie, adolescente, a éprouvé dans un cinéma d'Amsterdam alors que les images défilaient sous ses yeux, c'est revenir sur le petit miracle personnel que chacun porte en lui dès qu'il sent le souffle d'un vent nouveau lui murmurer à son oreille que désormais, rien ne sera plus pareil.

Mais le plus étonnant dans cette aventure qui perdure, c'est l'origine : le commencement. Et la foi d'un homme en un projet insensé et pratiquement irréalisable dans sa conception. Prévu à la base pour être un triptyque (une suite de trois trilogies), Lucas est contraint, par manque de moyens de commencer par la seconde trilogie (l'Episode IV) ; tandis que les studios ne veulent plus le suivre, il hypothèque sa maison, renonce à ses salaires, mais négocie en échange les droits exclusifs sur les produits dérivés. Le marché est quasiment inexistant à cette époque et les studios le prennent pour un fou. Pourtant le merchandising de Star Wars deviendra l'un des plus importants du monde cinématographique et Lucas gardera une maîtrise totale sur l'utilisation des personnages de ses films et sur les produits dérivés. Mais avant le succès de la saga qui permettra à George Lucas de se bâtir un empire financier, c'est au  prix d'une lutte acharnée que Star Wars verra le jour et dépassera tout ce que le réalisateur lui-même a pu imaginer.

Du film à "petit budget" sans acteurs connus, à l'exception d'Alec Guinness qui accepta de jouer le rôle de Obi-Wan Kenobi pour presque rien, en échange d'une rémunération sur les futures recettes, et qui avouera avoir eu l'impression de tourner dans un film de série B, à l'avant-première qui terrassera la salle, Lucas aura eu raison d'y croire jusqu'au bout.  Le long et difficile travail de post-production, engagé par le réalisteur et l'équipe chargée des effets spéciaux, a porté ses fruits : le public est scotché devant tant d'innovations et de prouesses techniques. Mais qu'est ce qui a fait courir Lucas alors que tout s'effondrait, que personne ne croyait plus à son projet, que les dettes s'accumulaient et que sa santé chancelait ?  Il a fallu qu'il y croit à son rêve, cet homme-là. Et qu'une bien grande force l'ait animé au point de n'avoir jamais baissé les bras...

Est-ce l'enfance du réalisateur bercée par la lecture du premier magazine spécialisé dans la science-fiction : Amazing Stories. Est-ce le héros "Flash Gordon", dont il a envisagé l'adaptation avant même d'écrire les aventures de "Luke Skywalker". Pour ne citer qu'un seul exemple de cette influence, la planète Bespin de L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE ressemble étrangement à la cité des hommes oiseaux de "Flash Gordon". Est-ce son très grave accident de voiture, à l'âge de 18 ans, qui révèle en lui une dimension particulière de la perception de la vie et de ses intuitions qu'il associe à "la Force" de La Guerre des étoiles. Est-ce, ce sursis accordé par la vie qui le pousse à réaliser son rêve ? Il gardera sa passion intacte pour les bolides et les courses de voitures qu'il intègre systématiquement dans ses films, notamment dans son second film, American Graffiti (1973) dans lequel le réalisateur offre un rôle à un jeune menuisier de plateau : un certain Harrison Ford.

Est-ce sa passion pour les contes et légendes, la mythologie, la sociologie et l'ethnologie qu'il a étudiées ainsi que les spiritualités orientales, l'histoire des religions et des civilisations, notamment à travers les ouvrages du mythologue Joseph Campbell, qui l'ont convaincu de bâtir sa première trilogie à la manière d'une tragédie antique, avec un héros victime de ses passions, et la seconde sur le principe d'initiation, récurrent dans toute mythologie,  conférant à la saga un propos et une profondeur qui va bien au-delà du simple blockbuster. Lucas, que certains présentent comme un précurseur du recyclage post-moderne, s'est inspiré, il est vrai, d'une somme considérable d'œuvres et d'auteurs classiques : Tolkien, Frank Herbert, Alex Raymond, Edgar Rice Burroughs, Stanley Kubrick, Akira Kurosawa... Et paradoxalement, cette accumulation de références, au lieu de desservir son oeuvre, lui a donné une dimension très personnelle...

legende celte.jpgBien que le mélange d'influences orientales (bouddhisme et code des samouraï) associé à quelques touches de mythologie gréco-romaine soit très présent, il n'en reste pas moins que la trilogie spatiale de Georges Lucas transpose ouvertement les personnages et les structures narratives du cycle de la légende Arthurienne : d'un côté la quête du Graal, de l'autre celle de la Force. Pour cette quête, on retrouve les personnages de la mythologie celte, autour de Luke Skywalker ("qui marche dans les cieux"), à la fois Arthur et Perceval ("qui parcourt les vallées"). Fils de trois pères - Vador le "guerrier", Obi-Wan Kenobi le "prêtre", et son oncle le "cultivateur", Luke a trouvé chez Merlin (d'abord Kenobi, puis Yoda) l'initiation nécessaire. Amoureux de Leia/Guenièvre, il sera trompé par Han Solo/Lancelot. L'histoire nous apprendra qu'elle est en réalité sa soeur, évitant ainsi l'inceste, contrairement à la légende Arthurienne où le roi engendra Morched avec Morgane, sa demi-soeur.

Mais au-delà de la saga, au-delà de la mythologie, Star Wars est aussi une allégorie politique pour qui sait en déchiffrer les messages.

Fabrice David, membre du groupe "Ile de France de Mythologie", a écrit ceci  lors de la sortie de l'épisode III: "Il n'y a pas de hasard... Les synchronicités ont parfois ceci de merveilleux, à savoir leur invraisemblable et apparemment irrationnelle pertinence, si l'on accepte de bien vouoir les lire () Les légendes arthuriennes, bases mythiques de la saga de la Guerre des Étoiles sont ancrées en Bretagne. Car, que raconte donc Lucas dans ce troisième épisode de cette fabuleuse saga mythologique, si ce n'est, précisément, ce qui se passe aujourd'hui à la tête de l'Empire américain, en un enième répétition d'un processus séculaire, de César à Hitler, quand, au nom de la paix et de la démocratie, les dictateurs détournent le pouvoir démocratique et incarnent le mal absolu ? Il y a des jours où il est utile d'aller au-delà des apparences : oui, le 11 septembre a bien été un coup d'État militaire, non, les États-Unis ne sont plus une démocratie à ce jour, avec ce président désigné deucombat.jpgx fois de suite par la Cour Suprême malgré des votes contraires des électeurs, oui, le Dictateur-Marionnette est en train de transformer la première démocratie du monde en Empire, tout comme le Chancelier Palpatine refuse de rendre ses pleins pouvoirs de temps de guerre avant de proclamer l'Empire..."

Alors que le côté obscur de la Force gagne du terrain un peu partout dans le monde, Frankie a une pensée pour tous les Jedi qui s'apprêtent à le combattre :  "Que la Force soit avec vous !"

 

L'incontournable : Star Wars, la guerre des Etoiles publié aux Editions Omnibus avec les épisodes IV, V, VI et un dossier complet sur la conception et la réalisation de la saga initiale.

Et à l'occasion des 30 ans de Star Wars,  à noter la parution d'un ouvrage très documenté :  "Il était une fois la Guerre des Etoiles" de Fabrice Labrousse et Francis Schall aux Editions Dark Star.

 

30/03/2007

Quand Frankie s'approche trop près du soleil

medium_mm_icare_s.jpgFrankie, cette nuit, a rêvé qu'elle volait si haut qu'elle pouvait presque toucher le soleil. Par chance, elle ne fut point brûlée car à l'instant où elle s'approcha un peu trop près de l'astre flamboyant, un fil la tira en arrière et la ramena sur la terre ferme. Au réveil, cela lui fit penser à Ariane et à Icare, fils désobéissant de Dédale, dont le sort, hélas funeste, est connu de tous.

Dédale était cet architecte qui construisit, en Crète, le Labyrinthe pour le Minotaure et qui montra à Ariane comment Thésée pourrait en sortir. En apprenant que les Athéniens avaient trouvé le moyen de s'en échapper, le roi Minos fut aussitôt convaincu qu'ils n'auraient pu y réussir sans l'aide de Dédale. En conséquence, il emprisonna l'architecte et son fils dans ce même labyrinthe, ce qui au demeurant était un excellent plan, puisque sans indication, même son auteur ne pouvait en découvrir l'issue. Mais le grand inventeur n'était pas en peine pour si peu. Il dit à Icare : " La fuite peut être entravée par la terre et par l'eau, mais l'air et le ciel sont libres, c'est par là que nous irons : que Minos posséde tout, il ne posséde pas le ciel. " Et il fabriqua deux paires d'ailes medium_200px-Landon-IcarusandDaedalus.jpgqu'il fixa avec de la cire à ses épaules et à celles de son fils. Avant de prendre leur envol, Dédale recommanda à Icare de ne pas s'élever trop haut sur la mer car, en approchant de trop près le soleil, la cire pourrait fondre et les ailes se détacheraient. Tous deux s'élevèrent donc, légèrement et sans effort, et quittèrent la Crète ; le merveilleux pouvoir grisa l'adolescent qui monta de plus en plus haut. Ses ailes se détachèrent et il tomba dans la mer où les eaux se refermèrent sur lui.

Pour la petite histoire, sachez qu'Ariane, séduite par Thésée, lui fournit, contre la promesse de l'épouser, un fil qu'il dévida derrière lui afin de retrouver son chemin, seul moyen de triompher du labyrinthe qui n'avait qu'une seule entrée.medium_250px-Dionysos_Ariadne_Louvre_F3.jpg Mais après avoir tué le Minotaure, le héros, lui préférant sa sœur Phèdre, l'abandonna sur l'île de Dia. Elle quitta finalement l'île pour suivre le dieu Dionysos, à Lemnos. Selon d'autres traditions, elle mourut de chagrin ou fut mise à mort sur demande de Dionysos par Artémis. C'est la version d'Homère, reprise par Racine dans ses fameux vers (Phèdre, I, 3) :

« Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !
 »

Une autre version présente l'abandon d'Ariane comme la cause de l'oubli de Thésée de changer les voiles de son navire. Celles-ci auraient dû être remplacées par des blanches si le héros avait vaincu. Un brouillard vient entourer le bateau et troubler la mémoire de Thésée, châtiment envoyé par les dieux pour sa trahison. Egée, père du héros, guette le retour du navire. En voyant les voires noires, signe de deuil et d'échec contre le Minotaure, il se jette dans la mer qui désormais porte son nom.

En fin de compte, nous devons le fil conducteur à Ariane, au sens propre (en plongée sous-marine) comme au sens figuré, (en ergonomie) et plus particulièrement de nos jours dans le domaine de la conception d'interfaces informatiques : un fil d'Ariane, aussi appelé chemin de fer (et en anglais, breadcrumb) est une aide à la navigation sous forme de signalisation de la localisation lecteur dans un document (très souvent, une page d'un site web). Et toujours par référence à ce mythe, la fusée européenne porte son nom.

Revenons en à Dédale et à Icare qui cherchent à échapper à la vengeance de Minos : il existe une version plus prosaïque de la légende. Dédale et Icare fuient la Crète dans de petites nefs - Dédale ayant inventé à cette fin le principe de la voile jusqu'alors inconnu aux hommes -. Mais Icare, navigateur maladroit, fait naufrage au large de Samos. Son corps est trouvé sur les rives de l'île par Héraclès, qui lui donne une sépulture et renomme Samos et la mer alentour du nom du défunt (Icarie).

Le mythe d'Icare aborde des thèmes comme les relations père-fils, ainsi que le désir de l'homme d'aller toujours plus loin, au risque de devoir se retrouver face à sa condition de simple être humain. Mais loin d'être une banale histoire d'indiscipline filiale, la légende de Dédale et Icare appartient aux mythes de transgressions qui impliquent l'audace des hommes : dépasser les limites qui leur sont imposées par les dieux. En l'occurrence, il s'agit pour les hommes de violer medium_fontaine_vert_bois.jpgdes espaces, et plus particuliérement les espaces aériens que les dieux se sont réservés lors de la répartition du monde. Et c'est bien sûr à leurs risques et périls : ils construisent alors des machines que l'interdit rend dangereuses. En cela, le mythe de Dédale et Icare est proche du mythe des Argonautes qui se sont rendus coupables d'avoir fabriqué le premier bateau et d'avoir pris le risque de naviguer dans les territoires propres aux divinités marines. Du reste, le vocabulaire et les images utilisés par Ovide pour raconter l'envol de Dédale et Icare (Métamorphoses, VIII, 183-235) empruntent à l'univers de la navigation. Par ailleurs, plusieurs commentateurs ont fait observer que la disposition, l'assemblage, la courbure des ailes n'étaient pas sans rappeler les étapes de la construction de la carène d'un bateau. Pour rejoindre Athènes, Dédale se dirige d'abord, comme le feraient sans doute des marins, vers le nord-est et l'Asie Mineure pour éviter les vents dominants qui, en Méditerranée, soufflent souvent du nord vers le sud et gènent toute navigation sud-nord : s'il était facile d'aller en Crète depuis Athènes, le retour en revanche imposait aux Anciens un long périple par l'est ; de plus, comme l'aurait fait un bateau dans l'antiquité, les voyageurs ont longé les côtes, suivi les îles et gardé la terre en vue tant que c'était possible. Dans ce contexte, il n'est sans doute pas indifférent qu'Icare tombe medium_250px-Pieter_Brueghel_de_Oude_-_De_val_van_Icarus.jpgnon pas sur terre, mais dans la mer. Il expie sa transgression des espaces célestes par une mort dans les espaces marins, comme si les dieux voulaient souligner qu'Icare a d'abord commis une faute d'impiété avant de commettre une faute d'indiscipline. Par ailleurs, la séquence du vol a été doublée par une tradition moins fameuse, mais assez répandue, qui veut que Dédale se soit enfui non par les airs, mais par la mer. La présence du bateau dans le tableau de Breughel est peut-être une allusion à cette version alternative et rationalisante du mythe. Selon le voyageur grec Pausanias, le père et le fils naviguaient côte à côte sur de petites embarcations construites par Dédale. Pendant ce voyage, Icare, pilote maladroit, fait chavirer sa barque et se noie.

L'enjeu de la transgression est reconnu par Dédale lui-même qui dit à Jupiter : " Excuse mon entreprise, Jupiter, toi qui règnes dans les cieux. Ce que je veux, ce n'est pas violer la région des astres ; mais pour fuir un maître, je n'ai pas d'autre voie que ton domaine. Si le Styx m'offrait une route, nous passerions à la nage les eaux du Styx. Je suis contraint de modifier les conditions de ma nature."

Les activités du vol et de la navigation sont certes distinctes, mais elles sont pensées à travers un modèle intellectuel identique, un système de représentation commun, qui, dans l'imaginaire mythique signifiait la manifestation de l'audace humaine à vouloir construire des machines qui permettaient de violer des territoires interdits et d'augmenter ainsi les espaces de sa maîtrise sur le monde. La recommandation de Dédale résume bien le statut de l'homme, invité à tenir sa conduite entre deux excès contraires, selon la définition antique de la vertu: " Virtus est medium uitiorum et utrimque reductum " soit  " La vertu est le milieu entre deux vices, à égale distance de l'un et de l'autre ", dit Horace. A cet égard, le nouveau comportement de Dédale est exemplaire de la " juste mesure " que les dieux imposent aux hommes pour garantir les équilibres naturels ; à l'inverse des dieux, dont la conduite se distingue par les excès de tous ordres, medium_180px-ACMA_Ath_C3_A9na_contemplative.jpgl'homme est contraint à la vertu sous peine de terribles châtiments. L'homme ordinaire ne s'y trompe pas : il manifeste sa stupéfaction devant ce prodige qui relève d'un orgueil inouï. Les hommes restés sur terre observent deux des leurs occupés à s'emparer d'une route qui les conduit dans la partie du ciel réservée au séjour habituel des dieux. Ces représentations ne sont, du reste, pas sans ambiguïté lorsque l'on sait qu'Athéna a elle-même participé à la construction du bateau des Argonautes, qu'elle est une déesse technicienne protectrice des métiers du bois et qu'elle protège les pilotes de navire en mer, comme Ulysse autrefois.

Frankie est certaine que vous avez saisi la signification de son rêve et fatalement de sa chronique. En ces temps incertains, tout comme dans la mythologie, il n'est question que d'implications humaines.

 
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