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05/02/2007

Frankie au temps de Jésus

medium_qui_vive.2.jpgDans l’affichage " Qui-vive ! " de la semaine dernière, on pouvait lire ce pourcentage (extrait d’un sondage CSA/La vie réalisé en décembre 2006) livré tel quel en bas de l’affiche : 29% des français croient que Jésus a existé. Ce qui a fortement interpellé Frankie. Présenté ainsi, sorti du contexte d’un sondage, cela laisse sous-entendre, pour qui n’approfondit pas, que 61% des français pensent que Jésus est un mythe. Or s’il l’on peut contester la notion de " divinité ", il semblait à Frankie que l’existence de Jésus ne pouvait être historiquement remise en cause. Alors Frankie est allée consulter le sondage et voilà ce qu’il en résulte : 25% des français sondés ne croient pas ou pensent que c’est peu probable que Jésus ait existé, 43% des catholiques pensent que c’est probable et non certain, et 16% se répartissent entre le peu probable et "il n'a pas existé".

Indépendamment du fait que l’on fait dire à peu près ce que l’on veut à un sondage, et que l’on peut bluffer les gens en extirpant un % hors contexte, Frankie medium_sondage.gifa décidé de vous entraîner dans un petit voyage dans le temps pour vous parler de la Palestine, au 1er siècle. C’est déjà à l’époque une terre d’instabilité et de désordre en proie à des luttes intestines entrecoupées de guerres et affaiblie par d’incessants changements de dynastie. Un royaume juif avant tenté plus ou moins de l’unifier au IIème siècle avant J.C. mais il restait fragile et offert aux convoitises de tout envahisseur avisé. Celui ci prit le visage de Pompée et cinquante ans avant la naissance de Jésus, la Palestine devint province romaine. Rome décida de confier la charge de gouverner à des rois " les Hérodiens " qui n’étaient pas juifs mais arabes. La situation en terre sainte était alors celle d’un pays en état d’occupation soumis à un régime militaire et les habitants, même s’ils purent conserver leurs coutumes et leurs religions, durent se plier à la loi de la toute puissante autorité romaine. C’est en l’an 6 après J.C. que les choses vont se compliquer dans un Etat organisé en provinces sous deux tétrarchies : la Galilée gouvernée par Hérode Antipas et la Judée, centre spirituel et séculier de la Palestine, relevant directement de Rome et administrée par un procurateur romain. Ce qui signifiait à l’époque des milliers de crucifixions, des taxes, des pillages et la profanation des temples : voilà comment commença le régime romain en Judée. Les juifs de la terre sainte étaient alors divisés en un grand nombre de sectes, dont trois importantes " les sadducéens ", membres pour la plupart de familles sacerdotales, conservateurs dans les domaines politiques et religieux, s’accommodant fort bien de la présence romaine. " Les pharisiens " intransigeants et formalistes passivement opposés à Rome et enfin " les esséniens ", austères, mystiques qui jouissaient d’une certaine influence.

Un groupuscule " les zélotes " fondés en l’an 6, va émerger. Ce n’est pas une secte mais plutôt un parti politique nationaliste et révolutionnaire, formé de pharisiens et d’esséniens, et qui par la suite prendra une part grandissante dans les affaires du pays ce qui mènera au soulèvement de la Judée contre Rome, en 66. Tentative inutile et désespérée qui se soldera pour la seule ville de Césarée par le massacre de vingt mille juifs. Au cours des quatre années suivantes, les légions romaines vont occuper Jérusalem, raser la ville, piller et incendier le Temple. Cette révolte de la Judée entraînera un premier exode des juifs hors de la terre sainte suivie d’un second en 132 consécutive à une nouvelle rebellion infructueuse.medium_Jesus_par_soeur_anna.jpg

La vie de Jésus se déroule donc dans un climat géo-politique et religieux tumultueux. Elle est marquée par d’inévitables symptômes psychologiques et culturels inhérents à de telles situations et notamment l’attente et l’espoir d’un messie qui délivrerait son peuple de l’oppression. Dans ce sens on peut logiquement avancer que l’attribution exclusive de ce terme à Jésus est le résultat d’une analyse incomplète des faits tant historique que sémantique.

Aucune notion de divinité n’est d’ailleurs, à cette époque, liée à celle du messie et les contemporains de Jésus n’auraient pas manqué de s‘étonner d’une telle association d’idée : messie se dit en grec " chariots " ou "christ" ; comme en hébreu, il signifie "l’oint de dieu" et s’applique à un souverain. Le nom "Jésus" vient de l’araméen "Yehoshuah", ou "Joshua" en grec c'est-à-dire "Yahvé sauve". Ainsi David lorsqu’il fut couronné roi devint explicitement un "messie" ou un "christ". En Judée, le haut prêtre désigné par l’administration portait également le titre de "prêtre messie" ou de "prêtre christ". Pour les zelotes et les opposants à Rome, il est clair que ces prêtres n'étaient que de faux messies. Le vrai messie tant attendu étant le "roi perdu" légitime descendant de David destiné à sauver le peuple de la tyrannie romaine. Cette attente allait atteindre des proportions d’un vrai délire collectif pendant la vie de Jésus, sans pour autant disparaître après sa mort. Messie strictement humain, attendu sous les traits d’un roi revêtu de l’onction et prenant le visage, dans l’opinion populaire, de libérateur politique. Bref, Jésus à l’origine était appelé "Jésus le messie" et c’est cette appellation purement fonctionnelle qui se déforma pour devenir le nom propre de Jésus Christ que l’église utilisera pour justifier sa divinité. (Et pour information le nom de Jésus le Nazaréen vient du nom d'un groupement mystique, et non pas de Nazareth, ville qui n'existait pas à son époque.)

Ernest Renan apporta en 1863 un éclairage nouveau avec la publication de "La Vie de Jésus", le présentant comme un "homme incomparable" mais doutant de l'authenticité des miracles qui lui étaient attribués, et en l'associant à l'activité des esséniens. Cela devait entraîner une polémique considérable parmi les milieux chrétiens conservateurs. En 1947, la découverte des rouleaux de la Mer Morte a apporté un éclairage incontestable, donnant en partie raison à Ernest Renan à propos des esséniens, et mettant en relief le rôle du "Maître de Justice". Authentifiés par la communauté scientifique, le Vatican, affolé à l'idée de voir le dogme s'écrouler, les qualifia "d'hérésie" et s’empressa de détourner ces manuscrits qui jette une lumière directe sur la période critique d'où émergèrent, il y a plus de 2000 ans, le christianisme et le judaïsme rabbinique.

Rebelle, homme de paix, homme politique, homme de foi, sage, martyr ?... medium_jesus10.jpgEn ce qui concerne la divinité de Jésus, elle est l’affaire de chacun à condition qu'elle ne soit pas prétexte à davantage d'exactions en son nom.

Frankie avait un excellent ami, un journaliste anglais qui a passé la plus grande partie de sa vie à enquêter sur le sujet. Lors d’une discussion Frankie n'a pu s’empêcher de lui faire remarquer que cela faisait quand même deux mille ans de mensonges. Il a souri et avec cette ironie " so britich " a répondu : " Je dirais plutôt deux mille ans de malentendus… "

 
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