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01/04/2010

La bataille des forts vs Les années d'innocence

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La bataille se livre depuis le 31 mars 2010 tandis que Frankie vous délivre à la même date ses années d'innocence...

Quel rapport peut-il bien y avoir entre Guillaume Gonzales, l'auteur de "La bataille des forts" et Frankie Ventana, l'auteur (désolée, mais elle ne se fait toujours pas au mot "auteure") des "Années d'innocence"... Hormis leur maison d'édition... et la sortie simultanée de leurs ouvrages ?

Une poésie sombre, certes...

Le premier se déroule aux États-Unis, le second, en grande partie à Amsterdam...

Le premier a pour héros un dessinateur de comics, une devineresse indienne et un hypermnésique ;  le second, trois amis d'enfance...

Dans les deux, il y a un serial-killer... mais pas de même nature...

Dans le premier figure une illustration du talentueux Jean-Marie Minguez, dans le second les photos de la talentueuse Pénélope Gabaix-Hialé...

Le premier est un polar de près de 300 pages, le second un récit de 100 pages...

Le premier est un "premier roman", et le second un "deuxième roman" néanmoins antérieur à ce qu'a publié Frankie donc, il peut être considéré comme un "premier roman"...

10 ans, presque jour pour jour, séparent en âge les deux auteurs en question, nés sous le même signe astrologique...

Donc sans plus attendre, vu que la bataille se déroule en ce moment même, Frankie va vous parler en premier du premier, avant de vous parler du second en deuxième... round, façon VS...

Faut suivre, les amis !

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LA BATAILLE DES FORTS

4ème de couv.

"Quel rapport peut-il bien y avoir entre un dessinateur de comics, une devineresse indienne, un patient atteint
d'hypermnésie et un tueur aux desseins mythologiques ?
En apparence aucun...
Si ce n'est que lorsque Cassandre, la prophétesse, annonce à Arthur White, l'auteur de La bataille des forts, que sa fille Jenny court un grand danger, et que celle-ci se fait assassiner peu après, le dessinateur plonge dans les abîmes de la dépression. Interné, il fait la rencontre de Pharos Narrow, un patient dépassé par sa mémoire infaillible qui, touché par la douleur de son nouvel ami, va déployer l'étendue de ses facultés mentales pour retrouver l'assassin.
Tandis que l'insaisissable Allan Nero, héros de sa propre odyssée, poursuit son macabre périple à travers les États-Unis, il ne se doute pas que le trio va se lancer dans un jeu de pistes et stopper son voyage.
Polar à la poésie froide et sombre, La bataille des forts renouvelle le genre du roman noir."

Un petit bijou en forme de polar... bien noir, où il est beaucoup question du "Voyageur" dans tous les sens du terme. Il est à tout à fait juste de dire que Guillaume Gonzales renouvelle le genre avec un style très personnel, un style maîtrisé tout au long du roman, qui, pour une fois, ne se situe pas aux États-Unis pour faire genre "made in USA" mais, au contraire, projette le lecteur dans un "road-book" d'une rare intensité, nous donnant l'illusion que Guillaume Gonzales a pris un pseudo pour camoufler ses origines US tant il pourrait prétendre être le fils d'un Jim Harrison nous décrivant cette Amérique "consumée".

L'histoire se déroule dans l'univers de la BD, avec une incursion dans le domaine psychiatrique où l'auteur aborde le problème de "l'hypermnésie", tout en faisant référence à deux thèmes chers à Frankie, la mythologie grecque et les tarots.

Frankie ne peut guère vous en dire plus sans dénaturer ce magnifique roman qui, au-delà du polar, se révèle être une œuvre sociologique à part entière dans lequel bon nombre de thèmes de société sont abordés sans concession... Les couleurs associées à la psychiatrie et à ses remèdes « miracles », cet étrange univers de la BD dans lequel les dessins d'Arthur White prennent forme sous nos yeux, cet hypermnésique, malade d'une maladie qui pourtant se révèle être le génie à l'état pur, mais qui désoriente les "tripatouilleurs" de l'esprit et gêne les « trop bien pensant », isolant de façon tragique celui qui en est atteint... une prophétesse indienne dont on peut presque sentir la soie du Sari frissonner sous nos doigts ; et ce tueur, voyageur en quête d'oracles rendus par certains dieux, dans des lieux précis, sur des sujets déterminés et dans le respect de rites rigoureusement respectés : un tueur qui voue un culte à ces héros de la Grèce Antique si bien représentés par cette "bataille des forts".

Arthur White, Cassandra, Pharos Narrow, Allan Nero, et tant d'autres personnages que l'on croirait tout droit sortis d'un comics intitulé "La bataille des forts"...

Oui, Guillaume Gonzales nous entraîne dans une aventure énigmatique, et ce n'est pas un hasard si en préambule, il nous parle du mot "sérendipité" qui est en français un néologisme dérivé de l'anglais "serendipity", un terme introduit en 1754 par Horace Walpole pour désigner des « découvertes inattendues ».

C'est tout le cœur de cette "bataille des forts" que chacun devra se faire livrer le plus rapidement possible !

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Illustration : Jean-Marie Minguez

 

Isbn : 978-2-918406-06-8

292 pages - 19 €

A commander sur le site de Kyklos, dans toutes les librairies et sur Amazon.fr

 


 

 

 

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Ils sont trois amis d'enfance. Trois artistes qui posent un regard farouche sur la vie. Trente ans d'amitié et un ultime rendez-vous à Amsterdam qui les cueille au moment le plus fragile de leur existence.
L'auteur nous livre ses interrogations pêle-mêle sur l’amour, les choix que l’on s’impose, l’expérience de vie et de mort, les souvenirs et la culpabilité qui va avec...
Ce récit, s'il révèle les émotions obscurcies d'une génération consciente de son éclatement, demeure avant tout un hymne à la vie que nous soyons combattants acharnés ou simples observateurs...

 

Extrait :

"À dix-huit ans, nous traînions nos bottes usées sur la place du Dam, fascinés par la jeunesse insolente qui déambulait et battait le pavé humide de cette ville d'apparence si austère et néanmoins balayée par le vent de l'insoumission. Nous longions avec excitation les petites rues aux vitrines surmontées de lampes rouges, le long de l'Oudezijds Voorburgwal, les yeux écarquillés devant le fameux quartier rouge, avant de rejoindre un vieux comptoir de Gravenstaat pour s'y enivrer de la troublante saveur du genièvre.

Paul, que cette ville emplissait d'une grande tristesse et d'un infini bonheur, racontait qu'une cité ayant dompté la mer au point de l'empêcher d'inonder les terres ne pouvait être qu'un songe d'or et de brume. Il fixait alors l'horizon comme s'il attendait le grand architecte du monde. Je ne sais s'il croyait en Dieu ou au diable mais, en ce temps-là, ce garçon avait la foi. Et parce qu'il croyait en tout, Paul était celui de nous trois le plus en danger. Il était comme un oiseau sur la branche, en fusion permanente avec un monde inachevé, susceptible de chuter à tout instant... Le trop fragile Paul avec son visage d'ange blessé et des yeux tellement sombres qu'ils viraient au vertige. Ses mains, longues à n'en plus finir et, au bout, des doigts agiles qui maniaient le pinceau comme un archet.

Paul, dont la froideur à l'égard des femmes lorsqu'elles s'approchaient trop près de lui laissait présager des amours contrariées, avait engagé une course poursuite avec la vie dont il dilapidait chaque seconde, persuadé qu'elle ne le verrait jamais devenir adulte. Certains auraient qualifié ce comportement de suicidaire mais, chez Paul, le sabordage se révélait être une survie de tous les instants.

Sam, lui, ne s'attardait jamais très longtemps où qu'il fût. Il jouissait sans vergogne d'une existence qui se résumait en une escale providentielle. À l'inverse de Paul, il ne prenait rien au sérieux, ne croyait pas au genre humain et n'avait d'autre maître que lui-même.
Son sens de la tragicomédie l'avait amené à scruter nos tares, nos sensibilités pleurnichardes, et à mettre en image nos complaisances face à un monde en décomposition. Témoin lucide d'une société pétrie de contradictions, ses rires au fil du temps s'étaient cependant fait l'écho d'une douleur impalpable qu'il rejetait au profit d'une ironie de tous les instants, sans se soucier des dommages collatéraux qu'elle ne manquait pas d'entraîner.

J'avais tout naturellement pris place entre ces deux hommes. Petite frangine d'adoption, trimballée entre les ténèbres de l'un et la lumière de l'autre. J'étais comme le mélange imparfait de leurs deux univers.
Le premier me laissait entrevoir un monde derrière ce monde, magnifique et terrible à la fois ; le second me contait la fable du genre humain dont la morale, inéluctablement, se révélait cruelle et sans appel.
Ombrelilith_été1NB.JPG Pour ma part, j'allongeais sur papier glacé un enchevêtrement d'ombres voraces qui, en une nuit sans fin, dévorait une humanité sclérosée. Mon obsession de la traque instantanée consolidait mes fuites incessantes sans qu'il me soit permis de trouver mon point d'ancrage.
Je me tenais maladroitement à la frontière de ma vie, sans désir particulier d'échafauder l'improbable : qu'elle puisse me mettre hors jeu par une glaciale nuit de décembre."

 

Photo : Pénélope Gabaix-Hialé

Isbn : 978-2-918406-08-2

100 pages - 10 €

A commander sur le site de Kyklos, dans toutes les librairies, et sur Amazon.fr

 

 

 

 

11/11/2007

Un monde sans héros, ni salaud

medium_hollywood.jpgAlors que Hollywood, traditionnellement démocrate mais toujours soucieuse de ne pas heurter le patriotisme des spectateurs américains, continue d’entretenir une relation ambiguë entre star-system et politique, entre nuit des Oscars et élection présidentielle, il semblerait que de plus en plus de réalisateurs sortent des rangs de l’industrie du cinéma pour réaliser leurs œuvres tels qu’ils l’entendent. Il semblerait qu’au pays du billet vert, ces mêmes réalisateurs aiment de moins en moins qu’on leur impose des idées qui ne sont pas (ou plus) les leurs. Est-ce une soudaine envie de poser les questions qui fâchent, en se demandant pourquoi les médias ne le font pas ?! Est-ce l’internet qui change peu à peu les mentalités en drainant des images parallèles qui ne cadrent pas avec les représentations revues, corrigées, révisées par le pouvoir et que les médias diffusent sans états d’âme. Ou est-ce un mal bien plus grand qui ronge ce pays et que l’on nomme « désillusion » ?

Plusieurs films aux dénominateurs communs «  la guerre en Irak » et « le retour au pays après les combats » vont débarquer sur nos écrans. Si certains de ces films n’amèneront pas grand-chose sur le plan de la réflexion politique quant à l’ingérence des Etats-Unis en Irak et les conséquences de celle-ci, d’autres en revanche sont à souligner de par les intentions claires et cette fois-ci sans ambigüité de leurs auteurs. Pour ceux-là, le temps des caricatures et des leçons d’héroïsme est révolu, reléguant définitivement l’époque où un Rambo gagnait à lui tout seules les guerres perdues sur le terrain, lui préférant un monde sans leurre.

Deux films sont à retenir : « Dans la vallée d’Elah » de Paul Haggis et « Redacted » de Brian de Palma, car ils en sont le parfait exemple. Ces deux réalisateurs ont pris l’habitude d’aller glaner sur le web les infos que les médias traditionnels occultent. « Cherchez sur YouTube « soldats morts en Irak », « viol », « meurtre » et vous trouverez tout…», explique Brian de Palma qui, dans Redacted, retrace sous forme éclatée, fragmentaire à travers différents formats numériques (téléphone portable, caméras de vidéo surveillance…) l’histoire vraie d’une Irakienne de 15 ans violée par des soldats américains puis assassinée… Soulignons juste que le docu-fiction au vitriol de Brian de Palma, a bénéficié de l’argent venu de structures indépendantes et ne voit défiler aucune star à son générique.

Paul Haggis, lui, a commencé à travailler sur le projet de la « Vallée d’Elah » en 2003 à l’époque où, Bush bénéficiant de 80% d’opinions favorables, disait que remettre en question la guerre relevait de l’antipatriotisme et revenait à être du côté des terroristes. Imposant clairement son programme par le fameux : « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous ! », la part belle était faite aux patriotes exacerbés par de vieilles rancœurs et aux fous de guerre excités par des discours enflammés, muselant au passage « l’opposition peureuse ». « Hollywood était terrifié » raconte Haggis « personne n’avait envie d’être considéré comme un traître. Et puis un certain nombre de réalisateurs se sont interrogés : Qui est-il pour nous dire ce qu’on doit penser ? Pour désigner les bons et les méchants ? ».

On se souvient des premiers artistes à avoir essuyer la colère, voir la haine, de leurs concitoyens : un Sean Penn black-listé, susan et tim.jpgune SusanSarandon menacée, tous deux en raison de leurs prises de positions contre  la guerre en Irak et du discours non moins engagé de Tim Robbins, le 15 avril 2003, lors d’un déjeuner donné au National Press Club de Washington, intitulé « On peut arrêter un petit tyran. »

Il faudra quatre ans et l’appui d’un Clint Eastwood pour que Paul Haggis puisse mener à bien son projet avec un financement monté principalement sur des capitaux étrangers. La trame de son scénario est simple, sa réalisation modeste, il n’y a ni effets spéciaux, ni attentats spectaculaires, et aucun discours outrancier. Haggis s’est juste attaché, de façon lancinante et oppressante, à suivre un vétéran du Vietnam, Hank Deerfield, incarné par un Tommy Lee Jones (d’une sobriété bouleversante), dans une enquête douloureuse pour élucider la mort de son fils tout juste revenu d’Irak. Au  travers de la puissance hallucinatoire d’images retrouvées sur le téléphone portable du fis de Hank, c’est tout le fiasco de la guerre qui ébranle notre vétéran. Haggis s’est appuyé sur un phénomène que nul gouvernement ne peut contrôler : les images que les soldats tournent sur le front et diffusent ensuite sur l’internet et qui constituent aujourd’hui les seules images vraies de la guerre. Une guerre dans ce qu’elle a de plus tragique et de plus sale, qui peut amener, de façon circonstancielle, des héros à devenir des salauds. Une guerre qui n’est qu’un monstre enfantant des monstres et qu’aucun patriotisme aveugle ne peut cautionner.

goliath.jpgEt si Haggis a pris un titre qui fait référence au combat inégal que livra David contre Goliath, il faut peut-être y voir au-delà de la symbolique, le signe d’un désaveu, voir d’un rejet de cette trop grande fierté américaine qui aura amené la majorité de ce peuple à appuyer une politique basée sur la terreur et le mensonge. Une trop grande fierté que Haggis au travers de son film désigne comme un défaut majeur, voir un péché d’orgueil, et qui valut à Goliath de perdre la tête.

 

 

 

 
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