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30/01/2007

Frankie inside "Skull and Bones"

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Frankie a mené l'enquête sur les sites dits "conspirationnistes" pour découvrir qu'il y en avait très peu dans les pays francophones, comparé aux Etats-Unis qui en regorgent. Et là, Frankie s'interroge : comment un pays devenu si conservateur, emprisonné dans son puritanisme excessif, empreint d'une politique "Bushienne" plutôt extrême sur le plan idéologique, à laquelle a succédé une politique "Obamanienne" dont l'aspect freedom ne parvient guère à masquer l'odeur de souffre qui émane de certains membres de ce nouveau gouvernement, peut-il laisser une telle liberté à des émissions télés et radios qui dénoncent certains faits connus, relevant de l'ordre de la conspiration, tandis que la France devient muette dès que l'information sort des grands axes généralisés ou, devrait-on dire, en raison du formatage qu'elle subit ! Sur Karmapolis, un de ces sites qu'il faut ajouter à ses "favoris", si l'on est un tant soit peu curieux, les auteurs en donnent les raisons : le journalisme d'investigation est avant tout de tradition anglophone et germanique, tandis que la presse francophone s'est développée dans la tradition d'une presse d'opinion. Cela remonte à l'affaire Dreyfus et au célèbre "J'accuse" de Zola qui divisa le pays en deux catégories : celle qui croyait en la culpabilité du capitaine et celle qui n'y croyait pas. Dans les pays anglo-saxons, on aurait privilégié le travail d'enquête. Par la suite, cette presse d'opinion française fera pas mal de dégâts dans des affaires judiciaires de sinistre mémoire.

Contrairement à la France, qui n'a que mépris pour les informations qui ne reçoivent pas l'aval d'une poignée d'érudits dans les domaines de la science ou de l'histoire entre autres, les anglo-saxons, eux, ne dénigrent pas ce qui touche à l'irrationnel. Si bien que nous avons un retard (encore un) sur les débats qui agitent l'opinion publique américaine et le niveau d'information qui y circule. Chez nous, les médias n'ont absolument pas conscience des infos de haute qualité diffusées dans l'univers conspirationniste, reprises parfois par CNN, CNBC ou des chaînes du câble, telle que Discovery Channel qui diffuse sans état d'âme des documentaires pour le moins étonnants sur les bizarreries archéologiques ou les découvertes scientifiques censurées. En France, nous les classons parmi les hérésies, même si la qualité en est remarquable, et la caution, tout comme le sérieux de la maison de production, sans faille. Les rares fois où la télé s'aventure dans le domaine de "l'étrange", ce sont des chaînes à "spectacle" qui produisent des émissions dites "populaires" où l'honnêteté n'est pas la préoccupation première de leurs auteurs.

medium_karmapolis.2.jpgFrankie, qui déteste trouver porte close lorsqu'elle cherche une information, s'est aventurée sur « [...] ces autoroutes de l'information, les guettos de la pensée, les façades-mensonges, une sorte de jungle urbaine dans laquelle on a du mal à démêler les légendes urbaines des faits plus ou moins réels. » Ce sont en ces termes que les auteurs de Karmapolis parlent de leur site, posant clairement la question : « D'ailleurs où est le réel ? De cela nous doutons comme nous doutons de tout. » Ne rien considérer comme acquis mais plutôt comme une vérité temporaire. C'est en croisant ces "autoroutes de l'information" que Frankie s'est retrouvée sur un autre site non affilié au journalisme classique, Voltaire (publication laïque précisons-le, controversée, précisons-le aussi) et y a découvert l'univers étrange de l'élite de l'empire américain, les Skull and Bones soit littéralement "Crâne et os".medium_fr-150-skullbones.jpg

C'est dans la très élitiste et très puritaine université de Yale que sévit cette confrérie aux rituels morbides qui, chaque année, recrute une quinzaine de fils de famille. Indépendamment du fait que cette société secrète nourrit abondamment la littérature conspirationniste, qui rend responsable ses membres de tous les scandales survenus aux Etats-Unis, Frankie a trouvé judicieux d'occulter le sujet de l'ésotérisme pratiqué au sein de cette organisation, pour mettre en lumière deux hommes : George W. Bush et John Kerry. Car, avant d'être adversaires en politique, ces deux-là se côtoyaient en tant que membre de cette confrérie.

Les Skull and Bones ont une fonction sociale, mais la question est : ont-ils un éventuel rôle politique ? Cette société secrète représente un système de reproduction d'élite qui ne doit rien au hasard, encore moins aux qualités individuelles. Elle repose sur un critère unique, fondé sur la lignée de quelques grandes familles américaines et, plus particulièrement, la préservation de leur héritage.

Là, il avouons-le, le mythe du self-made man en prend un coup.

Si à l'origine, les grandes universités américaines ont été créées par les Congrégationalistes, elles subissent néanmoins l'influence des Presbytériens. Yale va naître de cette concurrence et prendre le nom de son riche mécène en 1720. Les liens avec le congrégationalisme garantissent le puritanisme de l'enseignement auquel va s'ajouter un élitisme forcené. Les élèves ne sont pas classés selon leurs mérites intellectuels et scolaires, mais uniquement sur la position sociale de leurs parents. Fils, petits-fils de gouverneurs, de vice-gouverneurs, puis fils et petits-fils de juges de la cour suprême ; un peu plus bas, les fils de pasteurs et d'anciens élèves ; en queue, les fils d'artisans, de marchands, de fermiers. Même si ce classement est assez répandu au XVIIIe dans les grandes universités, au sein de Yale, il n'y a pas d'évolution avec la scolarité. Ajoutons à ce mode de fonctionnement, l'autorisation de pratiques tels que le bizutage, les brimades et les humiliations, monnaies courantes exercées à l'encontre des élèves de classe inférieure. Cette propension à l'élitisme, à la hiérarchie brutale arbitraire, au puritanisme, voit naître un nombre d'associations parallèles à l'université elle-même. En 1780, ce sera la branche Alpha de l'organisation Phi Betta Kappa. Au milieu du XIXe, émergeront des sociétés secrètes encore plus élitistes et bien plus fermées comme les Skull and Bones créée par William H. Russel, dont la famille est impliquée dans la grande guerre de l'Opium qui opposa, dans la première moitié du XIXe, le Royaume-Uni à la Chine.

Le plus fascinant n'est pas ce qui se passe au sein de l'organisation des Skull and Bones, mais plutôt la cohérence de sa liste de membres : tout président des Etats-Unis passé par Yale a été membre de cette confrérie, ainsi que ceux qui occupent des postes de premier plan (diplomatie, renseignement, média, etc.) Si les Skull and Bones n'ont pas de discours idéologique, ils sont le modèle de l'élite future (ce qui nécessite d'appartenir à la classe sociale avec des capitaux en adéquation). Ces membres partagent la même vision du monde et, de facto, les rapports sociaux qui vont avec. Tous sont des capitalistes, partisans d'un pseudo libéralisme, attachés aux valeurs de la liberté prétendument incarnée par les Etats-Unis. Même si le politiquement correct a fait avancer les représentants de minorités ethniques et sexuelles, les élites réunies au sein des Skull and Bones sont l'incarnation quasi parfaite de la pensée unique de la classe dirigeante.

medium_Skull_et_bones.jpgLe fait que Bush et Kerry, les deux candidats à l'investiture présidentielle de 2004, soient membres de cette société n'a rien d'extraordinaire en soi, mais, en revanche, il est inquiétant de voir de quelle manière s'établit la sélection au sein du champ politique américain. Même si ces deux hommes se sont affrontés, ils appartiennent tous deux au même milieu social fermé et, en dépit de leurs divergences, défendent, à ce titre, les mêmes intérêt proches. Car si les Skull and Bones incarnent la quintessence du milieu social le plus favorisé aux Etats-Unis, les vues partagées par ces membres sont loin d'être l'idéal démocratique auquel aspire une grande partie du peuple américain. Individuellement, de nombreux membres de cette société secrète ont trempé dans de sales affaires durant ces cinquante dernières années. Et ils n'ont pu le faire qu'en dehors des institutions démocratiques, dans le secret de leur connivence, sur la base d'une ancienne fraternité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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