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05/01/2007

Ne réveillez pas Frankie !

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Chaque fin d'année voit l'élaboration d'une liste de résolutions (que nous ne tenons jamais ou si peu) en vue de la nouvelle qui commence. La question est : faisons-nous un deal avec notre conscience pour mettre tous les atouts de notre côté, ou sommes-nous sincères mais trop paresseux pour tenir nos promesses ? Tels les vœux que nous échangeons : sont-ils désintéressés, ou bien ne sont-ils que la projection de nos propres désirs ?

Le 1ermedium_blesse.jpg janvier, entre minuit et 11h du matin, Frankie s'est brûlée avec le four, s'est faite brûler par une cigarette (il n'a pas fait exprès), s'est prise un coup sur le nez par inadvertance (c'est le résultat quand on embête quelqu'un qui ronfle) ; en promenant son chien, elle s'est prise le coin d'une poubelle publique sur le dessus de la main et a fini à quatre pattes parce qu'elle n'a pas vu un trottoir, vous n'allez jamais le croire, haut de dix malheureux centimètres. Au final, Frankie s'est "bousillée" le bras gauche, la main gauche, la main droite et les deux genoux. Si bien qu'elle s'est demandée si les amis qui lui avaient souhaité une bonne année n'étaient pas un peu "faux-cul" sur les bords.

Du coup, Frankie a réfléchi au sens de ce rituel. L'échange de vœux, c'est le désir de voir quelque chose s'accomplir, presque de l'ordre de la bénédiction. Et paradoxalement, face au caractère sacré, ce que l'on souhaite est assez banal, santé, amour, réussite professionnelle ! Forcément, Frankie a voulu en savoir davantage.

Selon Ovide (43 av J-C./17 apr. J-C.) - Fastes I - Janvier (I, 70-88) : « Le 1er janvier est marqué par l'ouverture des temples, par l'échange de vœux et de paroles de paix, par des sacrifices et des offrandes dans une atmosphère paisible et joyeuse, par une procession en vêtements blancs emmenant les nouveaux magistrats vers le Capitole. C'est un jour heureux à la gloire de la toute puissance romaine. »

medium_papier_de_riz.jpgL'usage des cartes de vœux, agrémentées de quelques mots de politesse, envoyées aux personnes avec qui l'on a eu commerce d'amitié ou d'affaires pendant l'année, vient de l'extrême-Orient. Les Célestiaux se servaient bien avant nous de ces cartes autrefois dénommées cartes de visite. C'étaient des grandes feuilles de papier de riz, dont la dimension augmentait ou baissait selon l'importance du destinataire, au milieu desquelles, ils écrivaient, au moyen d'encres de plusieurs nuances, les noms, prénoms et qualités de l'envoyeur. Lorsque la carte était adressée à un mandarin de 1ère classe, elle pouvait atteindre la dimension d'un de nos devants de cheminée !gentilhmme.jpg

L'usage des cartes du Nouvel An est apparu assez tard chez nous. Jusqu'au XVIIe, les visites se rendaient toujours en personne. Vers le milieu du siècle, des industriels ont eu l'idée de créer diverses agences, qui, contre la modique somme de deux sols, mettaient à votre disposition un gentilhomme en sévère tenue noire, lequel, l'épée au côté, se chargeait d'aller présenter vos compliments à domicile ou d'inscrire votre nom à la porte du destinataire. Et dire que nous croyons avoir tout inventé !

medium_homme_en_noir.jpgEst-ce l'abus que l'on faisait des cartes de visite qui décida les conventionnels à supprimer le premier de l'an ? Ou la vanité des vœux qu'on y déposait ? Cette coutume fut abolie en décembre 1791. Nos pères conscrits décrétèrent la peine de mort contre quiconque ferait des visites, même de simples souhaits de Jour de l'An. Le cabinet noir fonctionnait, ce jour-là, pour toutes les correspondances sans distinction. Ses membres allaient jusqu'à ouvrir les lettres à la poste pour voir si elles ne contenaient pas de compliments. Et pourquoi cette levée de boucliers contre la plus innocente des coutumes ? Lors d'une séance à la Convention, un député, nommé La Bletterie, escalada tout à coup la tribune et s'écria : « Citoyens ! Assez d'hypocrisie ! Tout le monde sait que le Jour de l'An est un jour de fausses démonstrations, de frivoles cliquetis de joues, de fatigantes et avilissantes courbettes. » Le lendemain, renchérissant sur ces déclarations ampoulées, un rédacteur du Journal Universel déclara : « Le Jour de l'An est supprimé : c'est fort bien. Qu'aucun citoyen, ce jour-là, ne s'avise de baiser la main d'une femme, parce qu'en se courbant, il perdrait l'attitude mâle et fière que doit avoir tout bon patriote ! » Mais ni le calendrier républicain, ni les fêtes instituées par la Convention pour symboliser l'ère nouvelle ne réussirent à prévaloir contre des habitudes plusieurs fois séculaires. Les institutions révolutionnaires tombèrent avec les temps héroïques qui les avaient enfantées.

Le premier de l'An fut rétabli. Il dure encore.

Pour finir, Frankie s'est endormie le premier janvier, harassée, courbaturée, de très mauvaise humeur, pour se réveiller une heure aprtoons.jpgès : à la télé, il y avait un film, et là, oh surprise ! elle vit des héros de bande dessinée se balader sur un arc-en-ciel. Interloquée, elle demanda au garçon avec qui elle traîne s'il regardait un dessin animé. « Ce n'est pas un dessin animé ! C'est "Il était une fois la révolution" ! » lui fut-il répondu sur un ton légèrement agacé. Frankie cligna des yeux plusieurs fois : en effet, elle venait de reconnaître James Coburn, mais, c'était vraiment bizarre, il y avait comme des toons qui lui dansaient sur la tête. Vraiment bizarre !

─ Réveille-moi le premier février ! » grommela Frankie avant de rabattre la couverture sur sa tête. Aie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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