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11/12/2006

Frankie au pays des célibataires

meetic.jpg Lorsque Frankie débarque sur le plus célèbre site de rencontres, elle ouvre grand les yeux - un peu comme une gosse devant les vitrines des grands magasins à la veille de Noël - émerveillée par la technologie qui s'offre à elle et tous les joujoux-gadgets qui sont à sa disposition.

Photo, page perso, annonce vocale, contact chat, contact mail, flash, meetskake, des vignettes qui se transforment en profils... tout à portée de main, un petit clic et hop, il y a des "princebleu", des "luc75", des "mycaluce", des "bonantho", des "dom_p920", des "cooldoux", des "armandoos", des "alain_340", des "flicotot", il y a de tendres poissons atypiques, altruistes et généreux (il faut enfoncer le clou au cas où ce ne serait pas clair), qui recherchent une sirène câline et disponible, et cérébrale (ça, les femmes adorent...) capable de retrouver leurs balises Argos perdues dans les océans de leurs sentiments (cherchez l'erreur !). Il y a des solitaires assez imprévisibles (ça fout un peu la trouille, peut-être à cause de l'adverbe), des humanistes qui cherchent leur moitié d'âme, il y a des chanceux qui semblent en manque de veine et des nounours un peu trop virils addicts aux câlins, des épicuriens qui ont envie d'avoir envie, et des oasis qui cherchent un point d'eau pour assurer leur fertilité, et il y a des Carpe diem qui eux ne cherchent plus rien. Il y en a un qui pense « qu'il faut donner au temps, le temps qu'il mérite... » (Jolie formule, mais sur les voies rapides du net, le temps est avalé aussi vite que la route, et Frankie a bien peur que celui-là reste sur le bas-côté à regarder passer les bolides). Il y a un beau spécimen du signe du lion qui écrit : « aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. » Il recherche des personnes ouvertes d'esprit et intéressantes pour élargir son cercle d'amis, mais en nota bene, il est stipulé : « Sans photo de votre minois, vous abstenir ! Classe des "mono-neuronales" qui aiment Lost et Cie, s'abstenir ! » (C'en est fini des intellos qui aiment aussi regarder les séries à la télé ; à quoi ça tient finalement les rencontres.) Il y a en un autre qui dit aimer l'amour spirituel parce qu'il est bouddhiste, mais il dit aussi adorer jouer au jeu du hasard. (Frankie n'est pas certaine d'avoir tout bien compris.) Et puis encore un autre : « Homme de raison cherche femme de biens pour commerce de pensées et trafic d'émotions. » (Gigolo à la dérive ou prédateur sans scrupule ?)

medium_loustal_soleilsdenuit.jpg

Il y a aussi des dirigeants et des cadres sup. (ils sont nombreux et tandis que Frankie voit le nombre d'heures qu'ils passent à chasser la souris, elle se demande qui dirige pendant ce temps). Ils gagnent tous un max de fric, déclarent que le mariage, on ne les y reprendra plus, mais, en grands stratèges, avouent être très romantiques. Des gosses, il en ont déjà, pourtant ils sont prêts à en refaire. (Faut pas effrayer les trentenaires en mal d'enfants dont l'horloge biologique tourne à toute vitesse.) Personne ne semble gêné par la fumée, même ceux qui ne fument pas... (et dire que les fumeurs sont soi-disant le fléau de la société). Les mêmes 90% disent être athés ou agnostiques. (L'église devrait peut-être envoyer quelques émissaires féminins pour prêcher la bonne parole, ce serait un bon plan marketing).

Bref, il y a ceux qui veulent faire des bêtises et l'avouent ; il y a les sérieux qui cherchent l'engagement mais n'osent pas l'avouer, il y a les doux rêveurs qui veulent faire rimer amour avec toujours, il y a les désenchantés qui se réinscrivent année après année, il y a les intellos et les timides, les machos et les cyniques, les mystérieux et les obsédés... Et il y a ceux qui habitent le quartier de Frankie, et, pour tout vous avouer, elle est mal barrée : en deux semaines, 429 personnes ont visité sa page, 63 ont flashé sur son profil (avec photo, hum, hum) et elle ne se rappelle d'aucun. Si bien que lorsque la muchacha ira faire ses courses et qu'un type la regardera avec insistance, Frankie risque de devenir très vite parano.

Il y a plus de vingt ans, bien avant l'internet et le minitel, il existait des réseaux téléphoniques. Le week end, des centaines d'anonymes se parlaient entre les sonneries. Sûr, c'était moins confortable. Pas de photo, voix déformée, lointaine ou parasitée, contacts échangés à la sauvette. L'angoisse de la rencontre, décuplée par le manque d'information visuelle, mais amplifiée par le fantasme. Bonne ou mauvaise surprise, l'aventure interdite était au rendez-vous, stimulée par l'adrénaline qui va avec.

En vingt-cinq ans, nous avons juste appris à nous protéger de la magie des rencontres hasardeuses, cependant une photo ne changera jamais la donne et n'assurera en aucune façon le coup de foudre. Peut-être est-ce cela, le mal qui nous ronge : trop de sécurité, trop de données, trop de calculs, un trop de solitude inavouée dans nos belles citadelles que le virtuel ne comblera jamais, un trop de tout qui nous empêche de "voir" vraiment.

Il suffit juste quelques fois de pousser la porte d'un café, même celui en bas de chez soi, pour que le destin nous file un petit coup de patte sans avoir besoin de cliquer sur tout ce qui bouge...souris.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

05/12/2006

Frankie a eu 44 ans

Ce matin, Frankie s'est réveillée en sursaut en se posant la question suivante : est-ce d'avoir franchi la quarantaine en un battement de cils (il lui semble qu'elle a eu vingt ans, il n'y a pas si longtemps) qui lui renvoie cette vision d'un monde qui ne tourne pas rond ? Ou bien est-ce le monde qui lui renvoie l'image d'une quadra qui ne tourne pas rond ?

medium_Woolf.jpgSoudain, elle a repensé aux femmes qui avaient offert à la société moderne tant de possibilités ,et si l'on se penche sur la trame de ces deux siècles passés, en avons-nous fait bon usage ? Où se cachent nos suffragettes, nos Edith Warthon, nos Virginia Woolf, nos Alexandra David-Néel ?  Exit nos Marie, nos Colette, nos Coco, nos Simone, nos Françoise... Où sont donc passées ces guerrières de la première heure ? C'est sûr, nous avons quelques figures surmédiatisées (parce que les vraies de vraies ne s'affichent pas, elles guerroient dans l'ombre), mais dans quelques décennies, auront-elles, comme leurs ainées, traversé le temps, suffisamment, pour que la mémoire leur tire un sacré coup de chapeau ???? A voir...

Entre "Les tribulations de Tiffany Trott" court-circuitées par le succès interplanétaire du "Journal de Bridget Jones", "Amour, prozac et autres curiosités" (soeurs Bronté à la sauce Almodovarienne) de l'excellente, et non moins déjantée, Lucia Etxebarria, et le provocateur "Sex in the City", tout a été dit ou presque sur : les trentenaires célibataires, les tribus de copines, les addictions en tout genre, le sexe, les ruptures et le célibat honteux qui va avec, etc, etc. Mais au final, il semblerait que ces aventurières des temps modernes, névrosées a souhait, n'aient plus guère de combats à mener, excepté celui de "survivre" au cap de la quarantaine.

Nous avons beau être dans une société "évoluée", il n'en demeure pas moins que les quadra, célibataires et sans enfants, sont suspectes. Si elles sont célèbres, elles deviennent des "égéries" ; si elles sont absolument personne, elles deviennent au mieux des "excentriques", au pire "des marginales", mais dans les deux cas, elles se doivent de faire profil bas. Parce qu'être une femme et vivre comme un homme est une "vue de l'esprit" et, si sur le plan intellectuel, certains (trop peu et Frankie a compté les hypocrites) en acceptent tous les aspects, beaucoup (définitivement trop) réprouvent cette égalité dans notre "réalité sociale". Passé 40 et quelques poussières d'années, on en viendrait presque à vouloir être parachutée dans la tranche des "seniors hyperactifs" pour être enfin mise dans une case reconnaissable, et ne plus avoir à rendre de comptes, ni sur sa situation socioprofessionnelle, et encore moins sur sa date de naissance.  Après avoir accepté les premières vraies rides et l'attraction terrestre qui voit le corps s'affaisser vers le sol, on doit sans doute finir par accepter que l'horloge interne soit définitivement détraquée. Frankie ne parlera pas ici de matraquage publicitaire, ni de toutes ces stars dont la quarantaine (avouée ????) épanouie, font mourir de jalousie les imbéciles qui n'y voient que du feu, ni la chirurgie esthétique plus ou moins esthétique (même si l'on est tentée, parfois ça fait peur ! s'entend le résultat, vous l'aurez compris) ...

Non ! Frankie a plutôt envie de vous parler de la vie au quotidien d'une quadra qui se sent plutôt bien dans ses bottes, mais que la société renvoie dans les cordes si elle ne marche pas aux flonflons des diktats de quelques méchants sorciers en marketing. Elle s'est donc mise à sa fenêtre. La sienne s'ouvre sur le monde, et passe bien évidemment par l'incontournable paysage du Net. Lorsque Frankie s'en va traîner ses guêtres dans cet océan de technologie, elle se sent un peu comme "Alice au pays des merveilles".medium_b19a3b.jpg

Comme vous l'aurez compris (petits malins) Frankie est donc une femme de 44 ans et quelques jours, célibataire et de surcroît sans enfants (aie !) Pas de mari, pas d'ex-mari, pas de pension alimentaire (ouille !) Et pourquoi cela ? Parce que Frankie a, entre autre, privilégié sa carrière (si si!!!!) et a contribué à l'effort collectif en s'acquittant d' impôts à la mesure de son effort (à défaut de faire des gosses et de calculer les parts, faut bien payer son tribut à la société, pas vrai !!! et la, homme/femme = même combat). Et puis, Frankie est très exigeante (oups !). Deux mots à bannir du vocabulaire, "carrière" et "exigence" : personne ne vous croit jamais. Indépendante depuis son plus jeune âge, Frankie n'a pas besoin d'homme pour vivre (c'est la vérité, elle le jure). Il n'y a que les copines qui se marient, font des enfants, divorcent à l'amiable ou dans un torrent d'imprécations, se retrouvent un jules pour accessoiriser leur standing, et recomposent allègrement la cellule familiale, pour lui faire sentir qu'elle est une "PAUMEE", sauf lorsqu'elles sont en panne, et que Frankie devient durant quelques heures "celle qui a tout compris". Le reste du temps, c'est  "Pauvre Frankie qui vit toute seule avec son chien". "Pauvre Frankie qui n'a personne pour partir en vacances" (Faux les filles, elle en a une papardelle ,mais voilà, elle n'a guère de goût pour la solitude à deux et lorsque Frankie vous regarde vivre, elle remercie les dieux de l'avoir détourné du schéma affligeant que vous lui offrez la plupart du temps.) "Pauvre Frankie, seule pour les fêtes de fin d'année".medium_Autant_en_emporte_le_vent_93164.jpg "Mais les filles, je HAIIIEEES LES FETES!!!". Son pied à Frankie, c'est de se taper une super bonne bouteille, même deux, voir trois, au chaud dans son canapé en regardant pour la millième fois "Autant en emporte le vent" ; pleurer et moucher comme une midinette lorsque cette débile de Scarlett demande a Rhett ce qu'elle va devenir sans lui et que le viril capitaine lui répond de cette voix désabusée (et le petit sourire narquois en coin) : "Ça, ma chère, je m'en fiche !" avant de toucher le bord de son chapeau et de se tirer sans un regard en arrière.

Si le 31 décembre, Frankie trouve un mec qui se farcit une soirée comme celle-là ,en lui passant les kleenex, elle vous jure de l'épouser dans la foulée... Enfin, façon de parler !

 
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