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14/03/2007

Quand Frankie fait un saut dans le temps

medium_media723.jpgLa chronique d’aujourd’hui n’aura jamais si bien porté le nom de sa catégorie " les petites souris du web ". Et quand Internet devient une machine à remonter le temps, on s’excuserait presque de lui prêter parfois de mauvaises intentions. Un commentaire récent, dont on aurait pu penser qu’il s’agissait d’une énigme, disait : "Frankie a eu 44 ans en 2006. Et peut-être que Frankie dormait en internat il y a vingt-huit ans (message très crypté, bien sûr) ?"

Flash-back surprenant, mémoire court-circuitée, et soudain, le cœur qui s’emballe.

Le brouillard épais qui laisse place aux réminiscences et des flashs qui éclaircissent les zones d’ombre. Et voilà comment un "clic" sur une recherche Google a fait remonter à la surface les souvenirs oubliés pour finir en message énigmatique et en jeu de pistes. Oui, Frankie était interne dans un lycée de province : elle tentait d’y faire sa seconde, découvrait un prof de français qui ouvrait le premier semestre avec " Les lettres persanes " de Montesquieu,  se faisant immédiatement adopter par Frankie qui, si elle oublié son nom et son visage, a toujours une pensée bienveillante à son égard. Et dans ce lycée où Frankie, tout en rêvant de s’enfuir à Amsterdam, se trouvait empêtrée dans une monotonie sans fin, et que le désespoir semblait être sa seule ligne de flottaison, un clan de filles s’était formé autour d’elle. Cheveux longs, franges, petites nattes, ponchos, jeans, et clarks, et pour certaines d’entre elles, " un art consommé de la paresse bien organisée ", medium_Joan_Baez.jpgJoan Baez était leur idole et Frankie se souvient qu'elles rêvassaient en cours tout en gravant des A sur les bureaux. En 1978, dans le dortoir des secondes du lycée X, la nuit venue, elles déménageaient les lits pour poursuivre leurs conversations jusqu’au bout de la nuit. Les premières saveurs de l'interdit, les aveux confessés et l'amour qui frappe en la présence du beau gosse de terminale devenu un semestre prof de piano particulier et pour lequel certaines se seraient damnées. Et les rire parfois qui leur valait l'irruption d'une surveillante endormie. Frankie se souvient que ce clan de fille avait un point en commun : le même mal de vivre.

Le jour venu, autour de la guitare de F., elles chantaient Maxime :

" C’est une maison bleue adossée à la colline, on y vient à pied, on ne frappe pas, Ceux qui vivent là, ont jeté la clé On se retrouve ensemble, Après des années de route, Et l'on vient s'asseoir autour du repas, Tout le monde est là, à cinq heures du soir, San Francisco s'embrume, San Francisco s'allume, San Francisco, où êtes vous, Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi !medium_blue_house.jpg

Nageant dans le brouillard, Enlacés, roulant dans l'herbe, On écoutera Tom à la guitare, Phil à la kena, jusqu'à la nuit noire, Un autre arrivera, Pour nous dire des nouvelles, D'un qui reviendra dans un an ou deux, Puisqu'il est heureux, on s'endormira, San Francisco se lève, San Francisco ! où êtes vous, Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi !

C'est une maison bleue, Accrochée à ma mémoire, On y vient à pied, on ne frappe pas, Ceux qui vivent là, ont jeté la clef, Peuplée de cheveux longs, De grands lits et de musique, Peuplée de lumière, et peuplée de fous, Elle sera dernière à rester debout."

Envolée Frankie partie pour Amsterdam l’année d’après, envolées S., L., L., F. et tout d’un coup la chanson de Le Forestier n’a jamais autant résonné dans le coeur de Frankie. Il aura suffi d’un "clic" sur le nom d’un village corse, et de la curiosité d'un fantôme du passé, pour qu’un visage se profile, puis un autre et un autre encore. Pour que des souvenirs enfouis remontent à la surface comme des bulles éclatant au contact de l’eau, pour que Frankie se remémore qu’elle a eu un jour seize ans dans un lycée où elle était interne, medium_15a.gifoù elle croyait n’avoir de place nulle part, et dans lequel  elle y a pourtant eu des amies. Il aura suffi d’un commentaire sur un blog pour que Frankie se sente terrassée par un sentiment étrange, enivrant, et une infinie reconnaissance pour le concierge d’Aullène et son dernier mail qui disait :

"Ce bon vieux Faulkner prétendait que le passé ne pouvait pas mourir et qu'il n'était pas même passé ; je crois qu'il avait raison."

Frankie dédicace cette chronique à S.

 

 

 
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