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12/06/2007

Frankie face au maître de Go

napoléon.jpg« La gourmandise n'apporte pas la victoire » est un conseil bien connu de tous les joueurs de Go. Napoléon, pourtant réputé fin stratège, en aura fait l'amère expérience. Vous l'aurez compris, Frankie s'est découvert une passion pour le jeu de Go par l'intermédiaire du garçon qui traîne avec elle : ce dernier lui ayant donné l'opportunité de l'affronter, Frankie a réalisé combien le Go, qui est le plus ancien jeu de stratégie combinatoire abstrait connu à ce jour, demandait humilité et patience. Si les règles en sont simples, Frankie en a cependant saisi très vite la subtilité et les possibilités infinies de combinaisons.

Le jeu de Go repose sur la notion d'encerclement ; il oppose deux adversaires qui placent à tour de rôle des pierres noires et blanches sur un tablier, appelé go-ban, une grille où se croisent dix-neuf lignes horizontales et autant de verticales. Celles-ci se recoupent en trois cent soixante-et-une intersections sur lesquelles se posent des pierres (et non des pions ou sinon gare ! ) de couleur blanche et noire. Les deux joueurs tentent de construire des "territoires". Chaque pierre goban.jpgreprésente un "soldat" et les soldats encerclés deviennent des "prisonniers". Le go-ban est un terrain qui n'appartient à personne et le but du jeu est de posséder le plus grand territoire possible en disposant habilement ses pierres de façon à ce qu'elles forment des "frontières".

Petite démonstration par Simon Hi : « A tour de rôle une pierre de leur couleur ils placent sur une intersection inoccupée ou passent. Puis ils retirent les pierres adverses sans liberté, mais ne peuvent une ancienne position recréer. A la fin comptant espaces et frontières l'un pleure, quand l'autre avec plus de territoire est vainqueur. »

Frankie ne fut donc pas étonnée d'apprendre que certaines parties pouvaient durer des mois, comme le raconte Yasunari Kawabata dans son livre "le Maître ou le tournoi de Go". Kawabata s'est attaché à peindre avec sensibilité et pudeur le tragique des sentiments humains, lors d'une partie qui oppose le vieux mentor jusqu'alors invaincu et son élève. Dans cette histoire qui relate le dernier combat du Maître, c'est aussi le japon ancien qui affronte le nouveau, la tradition qui affronte le changement. Même les non-initiés se passionneront pour ce livre, qui devient, sous la plume de Kawabata, un poignant jeu de vie et de mort.

Frankie s'est alors mise en quête de retrouver les origines du jeu qui restent obscures et mystérieuses. Certains historiens remontent jusqu'au Tibet pour retrouver ses racines. Les chinois, quant à eux, l'attribuent aux empereurs mythiques Yao et Shun, lesquels auraient inventé le Go, il y a plus de 4000 ans, pour éduquer leurs fils respectifs moins avisés et sages qu'eux. Une autre légende rapporte que le jeu de Go aurait été imaginé au XVIIe avant J-C. par un vassal soucieux de distraire son suzerain. Selon les récits mythiques chinois, deux dragons appelés Hei-Zi (le noir) et Bai-Zi (le blanc) se seraient disputés pour savoir lequel des deux était le plus puissant : ils créèrent le Go pour se départager. Les dieux envoyèrent un troisième dragon pour observer la partie, en lui ordonnant de ne revenir faire son rapport qu'une fois celle-ci terminée. dragon-01.gifLes dragons joueraient donc depuis des milliers d'années, chaque millénaire voyant arriver un nouvel observateur envoyé par les Dieux. A l'heure à vous lisez cette chronique, il y aurait donc cinq dragons observant le jeu, et un sixième qui ne devrait pas tarder à rejoindre ses congénères, si ce n'est déjà fait. Ça, c'est la version que Frankie préfère, en dépit d'une datation quelque peu compliquée.

Seule certitude, il est le plus ancien jeu de stratégie du monde et aurait été inventé en Chine, avant notre ère. On trouve les premières références écrites à un jeu qui lui ressemble dans "Les Annales des Printemps et des Automnes" (entre 722 et 481 av. J.-C.). Plus tard, Confucius mentionne ce jeu dans ses entretiens. Le Go va connaître un très fort développement, avec l'apparition d'un système de classement des joueurs, d'instituts et de fonctionnaires. Les premiers traités du jeu de Go sont écrits à la fin de la dynastie Han (début du IIIe siècle apr. J.-C.). Il est alors intégré aux "trois arts sacrés" (peinture, musique et calligraphie) pratiqués par l'empereur et ses courtisans ; cela durera jusqu'à la fin du XIXe siècle. Dès la fin des Hans et jusqu'à la restauration de l'empire par les Sui en 589 apr. J.-C., les classes dirigeantes vont sombrer dans le désœuvrement et se tourner vers le taoïsme et le Go. Puis le jeu va arriver en Corée au Ve siècle et s'étendre enfin au Japon au VIIe siècle où il est adopté par l'aristocratie locale, qui se trouve très influencée par la Chine. Dans le code civil de 701, l'aristocratie s'arroge le droit d'y jouer en l'interdisant aux moines. D'abord réservé à l'élite sociale, la pratique de ce jeu s'étendra plus tard aux bonzes et aux samouraïs comme entraînement pour la stratégie militaire. Les moines nichirens (école bouddhiste japonaise) vont créer la première école de Go : l'école Honinbō. Avec l'unification du Japon en 1603, le jeu est soutenu par les militaires et le shogun Tokugawa et entre dans sa période classique. Grâce à la protection du shogun, le Go acquiert un statut officiel et devient une institution gouvernementale. Le meilleur joueur du pays devient godoroko, une sorte de "ministre du Go" ayant la haute main sur toute l'administration du Go professionnel. Trois nouvelles grandes écoles apparaissent ensuite : Hayashi, Inoue et Yasui ; elles s'affronteront pour se partager les postes de fonctionnaires richement dotés.

Mais au-delà du jeu, certains y ont noté la notion subtile de Tao, combinaison simultanée du Yin et du Yang (en Chine, les lignes du go-ban sont nommées Tao). Par définition, le Tao est le chemin qu'il faut emprunter pour acquérir la sagesse et l'éternité ; cette quête impose de faire le vide en soi et de se contrôler afin d'atteindre le non-être. Le jeu de Go, dont l'objectif est de contrôler des territoires, c'est à dire du vide, s'inscrit tout à fait dans cette philosophie. Tout comme il nécessite la maîtrise de ses émotions et de son agressivité, afin de trouver un équilibre permanent entre attaque et défense... D'où ces conseils : « Rechercher de petits gains entraîne de lourdes pertes. » ou encore « Conserver une situation simple, quand la position est gagnante. »

Au premier siècle de notre ère, l'historien chinois Pan Ku évoquait le jeu de Go en ces termes : « La planche de jeu doit être carrée, elle représente la Terre, et les angles droits signifient honnêteté et droiture. Les pierres sont jaunes et noires : cette distinction signifie le Yin et le Yang. Les groupes dispersés sur le jeu représentent les corps célestes... Les joueurs respectent ce que les règles permettent : c'est la rigueur du Tao. »

Si l'on se réfère à la chine ancienne, le monde représentait un univers clos, subdivisé en neuf provinces, soit un centre et huit directions appelées vents. Cet univers, symbolisé par un carré magique, est la base de l'astrologie divinatoire pour situer les cycles du temps. Ses composantes sont au nombre de trois cent soixante, soit le nombre de jours du calendrier religieux (à mi-chemin entre calendrier lunaire et calendrier solaire). Ce chiffre de trois cent soixante est évidemment à rapprocher de trois cent soixante-et-un, nombre d'intersections d'un go-ban et total des pierres blanches et noires utilisables.

Ceux qui croient que le Go est la version japonaise du jeu d'échecs sont dans l'erreur. A l'exception du plateau aux cases tracées sur lequel deux joueurs s'affrontent, l'un blanc, l'autre noir, la comparaison s'arrête là. Il existe au demeurant un jeu d'échecs japonais : le shôgi.

Le Go, véritable anti-échec, mérite amplement son surnom de "jeu des jeux". Pour s'en convaincre, la seule solution est d'y jouer. Et Frankiejoueuse de go.jpg rassure ceux qui ne s'y sont jamais essayés : le jeu autorise le handicap ; ainsi un novice peut affronter un grand maître sans subir la honte d'une défaite trop écrasante. Ouf ! Car vous vous demandez certainement comment Frankie s'en est sortie ? Et bien, un peu comme Napoléon : l'instinct n'aura pas suffi et elle s'est prise de méga raclées. De plus, elle s'est avérée très mauvaise perdante. Depuis, elle médite sur l'humilité, a lu le livre de Kabawata et espère gagner une partie d'ici disons environ... une centaine d'années. Par chance, le garçon qui traîne avec Frankie n'a pas renoncé à jouer avec elle, aussi s'entraîne-t-elle en secret dans l'espoir, non de battre le Maître, mais de le bluffer lors de leur prochaine partie.

Et même ça, Frankie n'est pas sûre d'y arriver !

 

 

19/03/2007

Missing !

medium_pl1.jpgCette chronique pourrait commencer comme un film de Costa-Gavras : un petit garçon tibétain âgé de 6 ans, Gendhun Choekyi Nyima, disparaît ainsi que ses proches, le 17 mai 1995. Certaines rumeurs laissent à penser qu'ils ont été kidnappés et emmenés à Pékin. A compter de ce jour tragique et comme dans tous pays où la dictature règne en maître, ce petit garçon n'est jamais réapparu. Le 25 avril prochain, Gendhun aura 18 ans et restera dans l'histoire des nations comme étant le plus jeune prisonnier politique du monde, victime de violations de la liberté religieuse et de violations des droits de l'enfant.

Pour comprendre à quel point cet enfant a fait peur à l'envahisseur chinois, il faut remonter au 14 mai 1995, jour de sa reconnaissance par le Dalaï Lama comme le 11e Panchen Lama. Le Panchen Lama est le deuxième plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain Guélougpa (école dite des bonnets jaunes). L'origine du mot Panchen est la combinaison de deux mots "Pandita", qui signifie "érudit" en sanscrit et "Chen-po", qui signifie "grand" en tibétain. Panchen se traduit donc par "grand érudit". Lama signifie "maître spirituel". Le Panchen Lama est considéré comme une émanation du Bouddha Amitabha "de lumière infinie" emedium_amitabha.gift se situe juste après le Dalaï Lama dans ce système hiérarchique.

Le 28 janvier 1989, dans son monastère de Tashilhunpo, à Shigatsé au Tibet, le dixième Panchen Lama, Lobsang Trinley Lhundrup Choekyi Gyaltsen, meurt d'une crise cardiaque, à l’âge de 50 ans. Les Tibétains disent qu'il a été empoisonné quelques jours après son discours historique critiquant la politique chinoise et affirmant sa loyauté envers le Dalaï Lama. Le Panchen Lama avait notamment déclaré que le progrès apporté au Tibet par la Chine ne saurait compenser la somme de destructions et de souffrance infligée au peuple tibétain. Après sa disparition, le Parti communiste chinois chargea Chadrel Rimpoché, le responsable du monastère du Tashilhunpo, croyant qu'il leur était favorable, de trouver la réincarnation du Panchen Lama. Le Dalaï Lama propose à Pékin de dépêcher une délégation de hauts dignitaires religieux pour "assister" Chadrel Rimpoché. Mais l’offre est rejetée par la Chine qui la qualifie de "superflue". Le Dalaï Lama et les autorités tibétaines commencent à organiser les recherches pour trouver sa réincarnation suivant les traditions tibétaines. Au Tibet, Chadrel Rimpoché retient trois enfants aux qualités remarquables. Parmi eux, le petit Gendhun Choeky Nyima, fils de nomades tibétains. Chadrel Rimpoché informe une équipe envoyée clandestinement au Tibet par le Dalaï Lama. Le 14 mai 1995, après avoir étudié les différents candidats, il est officiellement reconnu par le Dalaï Lama comme étant le onzième Panchen Lama. Trois jours plus tard, Chadrel Rimpoché, lui, est immédiatement arrêté et emprisonné pour avoir informé le Dalaï Lama, et Gendhun disparait ainsi que sa famille. Ce n'est qu'un an plus tard que Pékin avouera détenir le petit garçon.

En 1996, son cas fut examiné par le Comité des Droits de l'Enfant de l'ONU et les autorités chinoises ont admis pour la première fois avoir "pris l'enfant pour sa sécurité". Le Comité a demandé à rendre visite à Gendhun, mais les autorités chinoises n'ont pas donné suite à cette requête. Le dossier n'a pas avancé depuis lors. Aujourd'hui, Gendhun serait toujours détenu par les autorités chinoises. Une alerte " Amber " mondiale a d'ailleurs été lancée par le monastère Tashilhunpo (siège en exil en Inde du Panchen Lama) et une récompense est offerte à toute personne fournissant une information susceptible de localiser et d'entrer en contact avec le jeune garçon.

medium_panchen150.jpgLa Chine refuse toujours de fournir des informations sur l'endroit où il se trouve. Malgré des demandes répétées de la communauté internationale, des observateurs indépendants n'ont pas pu obtenir d'accès au Panchen Lama, pour voir s'il est en bonne santé et s'il reçoit une éducation appropriée. Au Tibet, la photo de Gedhun Choekyi Nyima est interdite et les Tibétains n'ont pas le droit de lui rendre hommage.

En annonçant le nom de l'enfant, le Dalai-Lama, en appelait au gouvernement chinois pour qu'il élargisse sa compréhension, sa coopération et son assistance "afin de permettre au jeune Gendhun de recevoir l'éducation religieuse lui convenant et d'assumer ses responsabilités spirituelles". Au cours des dernières années, le Dalaï Lama a fait un maximum d'efforts en vue d'arriver à une solution acceptable pour les deux parties concernées par le problème du Tibet, dans un esprit de réconciliation et de compromis. Cette approche qui est celle de la "voie du milieu" vise avant tout à garantir au Tibet une véritable autodétermination. Il est à regretter que le Chine ait rejeté chacune des initiatives de gouvernement tibétain en exil, en vue d'un règlement pacifique et négocié de la question tibétaine. Récemment le gouvernement chinois déclarait : "La lutte entre nous et la clique du Dalaï Lama, ne concerne pas la question de la liberté religieuse et de l'autonomie. C'est un combat entre nous et l'ennemi".

Alors que la Chine a pendant longtemps dénoncé le Bouddhisme tibétain et son système de réincarnations comme étant "féodal" et "réactionnaire", le régime athée semble plus que désireux d'abandonner sa position antireligieuse virulente dans le cas du Panchen Lama car, fait sans précédent dans l'Histoire, la Chine a désigné un autre enfant, fils d'un membre du Parti Communiste chinois, pour le manipuler à des fins politiques. En désignant leur propre Panchen Lama, la Chine a politisé les questions purement religieuses.

Le mépris de la Chine pour les sentiments religieux du peuple tibétain, tel qu'il ressort de leur attitude autoritaire vis à vis de la reconnaissance du Panchen Lama, manifeste la vraie nature de leur dictature au Tibet. La réalité d'aujourd'hui c'est que le Tibet est un pays occupé par une puissance coloniale.medium_dalai2.jpg

Le Dalaï Lama a déclaré un jour : "Je crois véritablement que les individus peuvent faire la différence dans la société. () Il appartient à chacun de nous d'utiliser au mieux son temps pour aider à créer un monde plus heureux."

medium_v-cierge_sur_piques.jpg

Tibet Info a lancé une opération de bougies virtuelles : des milliers de bougies ont été allumées dans plus de 125 pays afin d'accompagner en pensée le jeune Gendhun : pour allumer la vôtre, cliquez ici ! Car au-delà de la question politique et religieuse, il s'agit d'un enfant que la Chine a privé de liberté depuis plus de dix ans, sans que l'on sache le sort qui lui a été réservé durant toutes ces années. Et ça, c'est INACCEPTABLE !

Pour plus d'informations sur le Panchen Lama, cliquez ici !

 
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