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12/03/2009

Le grand méchant loup sous la fenêtre de Frankie

loup.jpgCette nuit, Frankie a rêvé qu'elle était le petit chaperon rouge et qu'elle rencontrait le grand méchant loup au coin du bois... (aucune histoire coquine à l'horizon pour ceux qui frétillent à l'avance.) Elle s'est réveillée en riant : elle avait mis K.O. le vilain qui voulait la manger.

Frankie a ouvert sa fenêtre pour découvrir qu'il faisait "grand beau", puis a ouvert la fenêtre du web et là, les amis, c'était la tempête ! C'est à ce moment-là qu'elle a saisi les effets à retardement de son rêve.

Et elle voit rouge, la muchacha. Informations tronquées, juste ce qu'il faut pour nous faire croire qu'on est intelligent et qu'on a tout compris. Des couleuvres tellement grosses qu'on se demande encore comment on peut les avaler.

On voit défiler le nom de ces pays lointains qui n'évoque que guerres ethniques, violence et barbarie, pot-pourri de misère que l'on entretient à coup de contrats juteux, en félicitant secrètement les bourreaux tant que cela peut servir les intérêts de nos sociétés évoluées. On nous désigne les méchants, en vantant les louanges des guerres d'intérêt général qui ne servent qu'à cautionner les trafics en tout genre.

Ici, à Paris, on voit le nombre de tentes des sans-abri augmenter, le nombre de repas gratuits augmenter, le nombre d'appels au Samu Social augmenter, le nombre de gens qui travaillent et n'ont pas de logement augmenter, l'indifférence et l'intolérance augmenter... On ne veut pas des vieux parce qu'ils sont encombrants, et on ne veut pas non plus des jeunes parce qu'ils sont embarrassants. La misère, ça la fout mal, alors on la repousse le plus loin possible pour qu'elle ne soit plus le rappel flagrant de nos incompétences.

A tel point que l'on est en droit de se demander si les minorités d'ici ou de là-bas intéressent encore quelqu'un ? N'est-il plus possible d'aimer les êtres qu'ils soient chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes, ou n'importe quoi d'autre, sans être taxée dans le meilleur des cas de "naïve un peu sotte", et dans le pire des cas de mots se terminant en "phobe". Ne peut-on se sentir proche d'un peuple qui souffre qu'il soit arabe, juif, tibétain, etc. (la liste est si longue que cela en devient vertigineux), sans subir le rappels sentencieux des enjeux économiques planétaires, avec obligation de "choisir son camp". Ne peut-on s'insurger sur le temps qu'il a fallu pour reconnaître l'esclavagisme sans être apparenté à quelques excités. Ne peut-on évoquer tous les génocides sans qu'il nous soit rappelé que l'Holocauste est la seule référence de l'Histoire en la matière. Parce que bien évidemment les génocides antérieurs et postérieurs ne sauraient lui être comparés. Cent, dix mille, un million, cinq millions.... Doit-on chiffrer la douleur ? Ne peut-on se révolter pour les uns, reconnaître l'infamie subie par les autres, sans se sentir coupable d'éprouver de la compassion pour tout le monde... Ne peux-t-on tout simplement pas s'exprimer sur un sujet de l'ordre de l'humain sans être taxé de "démago" ou bien que nos propos soient évalués en termes politiques... Compassion, altruisme, respect des autres en particulier et respect de la vie en général, ne seraient-ce pas là les qualités premières de tout être humain, quelque soit sa confession, son origine ethnique ou sa culture ?

Or, à chaque scandale, nous baissons la tête un peu plus. Nous la fermons parce que c'est l'époque du "politiquement correct" laissant ainsi une poignée d'imbéciles ouvrir leur gueule pour ne rien dire. C'est ça le bien fondé de nos super démocraties : des tas d'interdits mineurs qui finissent par nous museler pour de bon. Y a-t-il encore des insensés pour penser que la politique ou la religion va changer ce monde ? Asséchées, taries, nos deux institutions, vidées par trop de mensonges, trop de bla bla... perverties par de faux-prophètes bardés de faux diplômes. Notre incapacité à nous remettre en question sur le plan individuel va nous laminer et nous ne pourrons accuser personne : ni la droite, ni la gauche, ni les extrêmes de tous bords, ni les boucs émissaires en tout genre.

La vie doit-elle se résumer à cette éternelle transgression de notre humanité et masquer la pire des vérités : celle d'une espèce à qui l'on a accordé la raison et qui, jour après jour, nous démontre à quel point elle en est dépourvue. Nos minables carcasses nous semblent si précieuses alors que notre vision même du monde est erronée. Au final, nous sommes devenus ignorants à force d'apprendre. Rien ne semble changer dans la destinée des hommes : nous continuons envers et contre tout à lutter pour survivre sans prendre garde à qui nous blessons ; nous continuons à nous entretuer pour des motifs qui n'ont rien de nobles, et quand bien même les guerres cesseraient, nous trouverions encore le moyen de nous anéantir.

Serons-nous un jour capable de descendre dans la rue, non pas pour défendre nos petits intérêts personnels, non pas pour fêter les héros du stade, mais pour dire : STOP ! Stop à ce monde qui ne prend même plus le temps de s'arrêter pour tendre la main aux laissés-pour-compte.

chaperon_rouge.jpgSi nous n'y arrivons pas, alors oui, le grand méchant loup à visage humain, après avoir joué l'aubade sous nos fenêtres, finira par tous nous dévorer au coin du bois, le soir venu... et ce sera tant pis pour nous !

 

 

 

17/06/2008

Quand sonne le glas de Thémis

329196691.jpgLorsque Frankie contemple la Déesse de la Justice, de la Loi et de l'Équité, dont les attributs sont deux plateaux suspendus à un fléau, symbole de la « pesée des actes », tenant à la main le glaive du « jugement », représentée les yeux bandés, emblème de « l'impartialité des sentences », force lui est de constater une dérive dans l’interprétation des symboles attribués à Thémis, tandis qu’elle assistait Zeus dans l'Olympe.

Si dans l’art ancien, Déesse Thémis est représentée tenant une balance avec laquelle elle pèse les arguments des parties adverses, les ornements, qui lui ont été rajoutés au fil des siècles, sont là pour frapper les esprits de l'image abstraite d’une Justice impartiale et équitable qui serait la même pour tous. Comme chacun sait : « Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien » (Jean-Jacques Rousseau). C’était vrai il y n’a pas si longtemps, force est de constater que de ce côté-là, rien n’a changé. Si bien que ces mêmes symboles, sensés nous rassurer en ce millénaire où les mots démocratie et droits de l’homme sont sur toutes les lèvres, en dépit du fait qu’ils sont l’un et l’autre bafoués chaque jour, finissent par nous terroriser à l’idée d’avoir un jour à faire connaissance avec Mère Justice, que nous assimilons davantage au Père Fouettard se trouvant à la tête d’une mécanique judiciaire totalement détraquée.

108235337.jpgAvouons-le, ces derniers temps, Mère Justice pue. Un sentiment d’iniquité nous envahit à l’issue de certains verdicts. Nous serrons les poings, en proie à la colère et à l’infinie tristesse à l’idée du sort réservé à des hommes et des femmes qu’une justice - affaiblie par des ingérences de tous bords, rongée par le doute, muselée, sourde et aveugle, dont les sentences ambiguës frôlent la parodie, une justice vidée de sa substance au point d’être privée de ses sens, une justice qui a oublié que l’équité réside en l’exercice du sens moral face à la souffrance humaine - a laissé tomber. Force est de constater que la démocratie et ses principes ne sortent pas grandis de certaines affaires, car chaque violation d’un droit fondamental, chaque entorse faite à la séparation des pouvoirs ébranlent la démocratie, chaque principe que l’on bafoue, c’est le citoyen que l’on menace dans sa liberté, dans sa sûreté, qu’il s’agisse d’un procès anonyme ou bien d’un procès "médiatique".

Jean-Robert Tronchin, Procureur général de la République de Genève entre 1760 et 1767, ouvrait son discours sur la Justice ainsi : «  L'Univers est gouverné par des Lois simples et invariables comme celui qui les a faites. Les Sociétés (civiles) fondées par les Législateurs, c'est-à-dire des hommes grands par comparaison, mais toujours extrêmement bornés, se détruisent souvent par les règles mêmes établies pour les conserver. Quand ces Législateurs auraient pu embrasser, d'une vue générale, les institutions les plus assorties au génie et à la satisfaction de leurs Peuples, comment auraient-ils pu prévoir une succession d'événements qui, changeant la fortune des États, ont rendu leurs Lois primitives souvent impuissantes et quelquefois dangereuses ? Cependant, si on examine les causes qui ont fait disparaître tant de Républiques que nous cherchons encore, on trouvera qu'elles ont moins péri par le défaut de sagesse de leurs lois que par le défaut de leur observation… »

Il convient alors de se poser la question suivante : pourquoi ne parvenons-nous pas à cette Justice idéale, idéalisée ? Est-ce en raison du mot qui, à lui tout seul, revêt une quantité de sens, selon le contexte dans lequel il est employé ? Du distinguo qu’il nous faut faire entre l’idée de Justice et l’institution judiciaire ? Ou bien, parce que l’homme n’est pas en quête de justice au nom de celle-ci, mais pour les avantages qu’elle procure : l’assurance de faire payer celui qui nous a lésé, la tranquillité, l’ordre social. Mais sitôt qu’il peut désobéir impunément à la loi, qu’il trouve un intérêt personnel et qu’il peut échapper aux sanctions, il le fera. C’est ainsi qu’une décision qui gêne les intérêts personnels est trouvée injuste, tandis que celle qui va dans le sens de ces mêmes intérêts sera vécue comme juste.

1182958254.jpgLa justice réside dans la relation entre les hommes, de la façon dont elle doit gérer cette relation d’échange avec les moyens du droit, la manière dont elle doit peser et attribuer à chacun ce qui lui revient. Ce qui est conforme à la loi se situe dans la légalité, mais, rendre justice, c’est mettre en rapport le caractère général de la loi avec la particularité de chaque cas.

Une histoire indienne raconte que deux hommes se disputaient la possession d’un tableau, chacun d’eux revendiquant le droit à la propriété. Ils furent amenés devant le roi à qui l’on demanda de trancher le différend. Le roi écouta la défense du premier, Mr X. Celui-ci expliqua que ce tableau lui appartenait, mais qu’on le lui avait dérobé. Le second, Mr Y, raconta qu’il avait acheté ce tableau au marché et l’avait payé très cher, arguant que son adversaire ne pouvait pas prouver qu’il avait été en sa possession auparavant. Le roi demanda alors que l’on apporte une scie pour découper le tableau. Devant eux, le roi fit le geste de découper le tableau en deux. Mr Y ne voulait pas céder et préférait voir le tableau détruit, aussi il ne dit rien. Mr X , lui, s’écria, : « Non, ne le détruisez pas, ce serait dramatique, c’est une très belle œuvre, je préfère qu’elle soit entre les mains de cet homme. » Le roi se tourna vers Mr Y et lui dit qu’il n’avait pas fait preuve d’un sens de la conciliation morale, qu’il s’était juste borné à défendre son intérêt. Puis il se tourna vers Mr X et lui dit : « Puisque tu étais prêt à te séparer du tableau pour le préserver, tu es celui qui mérite de le garder » et le roi lui donna le tableau.

Si la justice est parfois représentée avec un bandeau sur les yeux, cela sous-entend qu'elle ne doit pas voir les justiciables, mais cette idée la rend mécanique, aussi mécanique que le symbole de la balance qu'elle tient en main. L'équité, au contraire, c’est l’image d’une Thémis qui pose sa balance et soulève son bandeau pour regarder les personnes auxquelles s'adressent les règles du droit, afin de savoir s’il faut ou non abattre son glaive.

Un juriste nommé J. E. Pontalis dit : « Quand la loi est claire il faut la suivre ; quand elle est obscure, il faut en approfondir les dispositions. Si l'on manque de lois, il faut consulter l'usage ou l'équité. L'équité est le retour à la loi naturelle dans le silence, l'opposition ou l'obscurité des lois positives. »

Il s'agit donc de compléter le droit, de parer à ses lacunes ; concrètement, il s’agit de mettre en accord les exigences de la conscience morale et les exigences présentes dans le droit. Il incombe au juge, quand la règle de droit n'évolue pas, de la contourner suivant le principe de l'équité. Il s'agit donc d'humaniser le droit. L'équité est, suivant un principe d'Aristote, la justice tempérée par l'amour.

Tandis que l’Etat nous explique qu’il ne peut rien dans les domaines économiques et sociaux en raison de la mondialisation, le voici en train de rivaliser d’imagination pour légiférer, entendez par là, rafistoler, année après année, les dérapages malheureux d’une Justice dont  « Les balances () trébuchent; et pourtant l'on dit raide comme la justice. La justice serait-elle ivre ? » (Alfred Jarry). Non pas pour améliorer le système judiciaire, mais pour l’accommoder à sa propre sauce en y incorporant quelques ingrédients de sa composition : insécurité, tri entre bons et mauvais français,  faits divers étalés en première page des journaux, procès instrumentalisés, tandis qu'aux oreilles de certains, résonnent les mots de Charles Maurras : « Qu’importe qu’il (Dreyfus) soit coupable ou innocent. L’intérêt de la Nation commande qu’il soit condamné. »

1436810680.jpgDes affaires médiatiques qui dressent les français les uns contre les autres, favorisant une justice à double vitesse, laxiste pour les puissants, sévère pour les plus faibles, un Etat qui s’approprie le droit et la justice pour les remanier de façon à nous mettre tous hors la loi, nous incitant à appliquer quotidiennement le "pas vu, pas pris !"

Si vous vous interrogez sur la signification de cette "justice représentée les yeux bandés", relisez la déclaration de José Saramago, Prix Nobel de littérature, lorsqu'il prit la défense de José Rainha, porte parole du "Mouvement des Sans terre" au Brésil : « … () on suppose que si la malheureuse est ainsi, c’est pour que nous ne puissions nous apercevoir qu’on lui a arraché les yeux… »

 

 
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