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20/12/2006

Run, Frankie, run...

medium_paris_nuit.jpgCe matin, à 6h, Frankie faisait son jogging. 45 minutes de course pour chasser les effets secondaires d'un tas de détestables habitudes (heures de sommeil : 4, cigarettes : 3, caféine : 2 tasses, le reste : hum hum, ça ne concerne qu'elle). Une heure avant, le garçon avec lequel Frankie traîne a marmonné dans un demi-coma : "Foutue intégriste !" avant de se tourner et de se rendormir, le bien heureux.

Mais il n'a pas tort. La course devient une drogue. Plus on court, plus on a envie de courir et plus on a envie de courir, moins on comprend pourquoi les autres ne courent pas...

Et c'est fou ce qui peut lui passer par la tête pendant que ses pieds avalent l'asphalte : d'abord une certaine reconnaissance envers ces petits matins vierges de tout parasite, un peu d’égoïsme aussi parce qu'elle croit être la seule au monde à profiter d'un ciel violacé parsemé d'éclats rose et bleu, et comme elle a la chance de courir autour d'un grand square, elle se voit siffler par une bande d'oiseaux farceurs. A chaque tour, ils se postent comme pour lui faire une haie d'honneur et dès qu'elle est passée, ils s'envolent en piaillant. Au tour suivant, ils sont à nouveau alignés en rang d'oignon... medium_oiseaux.jpgUn de ces jours, ils vont peut-être finir par courir avec elle... Imaginez  Frankie courant, suant, soufflant, escortée par des volatiles joggeurs. Ca réveillerait peut-être le quartier bien morose ces temps-ci.

Bref, vous l'aurez compris, Frankie ne s'en lasse pas. Pluie, vent, froid, admirateurs ou pas, elle court parce que de sa course va dépendre l'humeur du jour. Et au retour, lorsqu'elle se regarde dans le miroir, c'est comme si elle venait de faire une rencontre du troisième type... Et si comme Frankie, on regardait un peu autour de nous, si on laissait notre regard vagabonder et repérer ce qu'il y a encore de beau, si on laissait le petit matin se prolonger un peu, et si on se mettait à sourire, juste pour essayer, voir si on sait encore faire, et ce en dépit de nos souffrances, de nos combats quotidiens et  de cette société parfois (souvent) désespérante, il se pourrait alors que la vie nous rende la pareille...

Run Frankie, run...

11/12/2006

Frankie au pays des célibataires

meetic.jpg Lorsque Frankie débarque sur le plus célèbre site de rencontres, elle ouvre grand les yeux - un peu comme une gosse devant les vitrines des grands magasins à la veille de Noël - émerveillée par la technologie qui s'offre à elle et tous les joujoux-gadgets qui sont à sa disposition.

Photo, page perso, annonce vocale, contact chat, contact mail, flash, meetskake, des vignettes qui se transforment en profils... tout à portée de main, un petit clic et hop, il y a des "princebleu", des "luc75", des "mycaluce", des "bonantho", des "dom_p920", des "cooldoux", des "armandoos", des "alain_340", des "flicotot", il y a de tendres poissons atypiques, altruistes et généreux (il faut enfoncer le clou au cas où ce ne serait pas clair), qui recherchent une sirène câline et disponible, et cérébrale (ça, les femmes adorent...) capable de retrouver leurs balises Argos perdues dans les océans de leurs sentiments (cherchez l'erreur !). Il y a des solitaires assez imprévisibles (ça fout un peu la trouille, peut-être à cause de l'adverbe), des humanistes qui cherchent leur moitié d'âme, il y a des chanceux qui semblent en manque de veine et des nounours un peu trop virils addicts aux câlins, des épicuriens qui ont envie d'avoir envie, et des oasis qui cherchent un point d'eau pour assurer leur fertilité, et il y a des Carpe diem qui eux ne cherchent plus rien. Il y en a un qui pense « qu'il faut donner au temps, le temps qu'il mérite... » (Jolie formule, mais sur les voies rapides du net, le temps est avalé aussi vite que la route, et Frankie a bien peur que celui-là reste sur le bas-côté à regarder passer les bolides). Il y a un beau spécimen du signe du lion qui écrit : « aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. » Il recherche des personnes ouvertes d'esprit et intéressantes pour élargir son cercle d'amis, mais en nota bene, il est stipulé : « Sans photo de votre minois, vous abstenir ! Classe des "mono-neuronales" qui aiment Lost et Cie, s'abstenir ! » (C'en est fini des intellos qui aiment aussi regarder les séries à la télé ; à quoi ça tient finalement les rencontres.) Il y a en un autre qui dit aimer l'amour spirituel parce qu'il est bouddhiste, mais il dit aussi adorer jouer au jeu du hasard. (Frankie n'est pas certaine d'avoir tout bien compris.) Et puis encore un autre : « Homme de raison cherche femme de biens pour commerce de pensées et trafic d'émotions. » (Gigolo à la dérive ou prédateur sans scrupule ?)

medium_loustal_soleilsdenuit.jpg

Il y a aussi des dirigeants et des cadres sup. (ils sont nombreux et tandis que Frankie voit le nombre d'heures qu'ils passent à chasser la souris, elle se demande qui dirige pendant ce temps). Ils gagnent tous un max de fric, déclarent que le mariage, on ne les y reprendra plus, mais, en grands stratèges, avouent être très romantiques. Des gosses, il en ont déjà, pourtant ils sont prêts à en refaire. (Faut pas effrayer les trentenaires en mal d'enfants dont l'horloge biologique tourne à toute vitesse.) Personne ne semble gêné par la fumée, même ceux qui ne fument pas... (et dire que les fumeurs sont soi-disant le fléau de la société). Les mêmes 90% disent être athés ou agnostiques. (L'église devrait peut-être envoyer quelques émissaires féminins pour prêcher la bonne parole, ce serait un bon plan marketing).

Bref, il y a ceux qui veulent faire des bêtises et l'avouent ; il y a les sérieux qui cherchent l'engagement mais n'osent pas l'avouer, il y a les doux rêveurs qui veulent faire rimer amour avec toujours, il y a les désenchantés qui se réinscrivent année après année, il y a les intellos et les timides, les machos et les cyniques, les mystérieux et les obsédés... Et il y a ceux qui habitent le quartier de Frankie, et, pour tout vous avouer, elle est mal barrée : en deux semaines, 429 personnes ont visité sa page, 63 ont flashé sur son profil (avec photo, hum, hum) et elle ne se rappelle d'aucun. Si bien que lorsque la muchacha ira faire ses courses et qu'un type la regardera avec insistance, Frankie risque de devenir très vite parano.

Il y a plus de vingt ans, bien avant l'internet et le minitel, il existait des réseaux téléphoniques. Le week end, des centaines d'anonymes se parlaient entre les sonneries. Sûr, c'était moins confortable. Pas de photo, voix déformée, lointaine ou parasitée, contacts échangés à la sauvette. L'angoisse de la rencontre, décuplée par le manque d'information visuelle, mais amplifiée par le fantasme. Bonne ou mauvaise surprise, l'aventure interdite était au rendez-vous, stimulée par l'adrénaline qui va avec.

En vingt-cinq ans, nous avons juste appris à nous protéger de la magie des rencontres hasardeuses, cependant une photo ne changera jamais la donne et n'assurera en aucune façon le coup de foudre. Peut-être est-ce cela, le mal qui nous ronge : trop de sécurité, trop de données, trop de calculs, un trop de solitude inavouée dans nos belles citadelles que le virtuel ne comblera jamais, un trop de tout qui nous empêche de "voir" vraiment.

Il suffit juste quelques fois de pousser la porte d'un café, même celui en bas de chez soi, pour que le destin nous file un petit coup de patte sans avoir besoin de cliquer sur tout ce qui bouge...souris.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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