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07/02/2007

Frankie et les "Mondes en collision"

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Il y a des hommes de génie en avance sur leur temps, on les appelle des visionnaires.

Il y a des hommes de savoir qui explorent la connaissance sous toutes ses formes pour tenter de la comprendre dans sa globalité et qui y parviennent : on les appelle des génies.

Et il y a le docteur Immanuel Velikovsky, aujourd'hui reconnu comme l'un des plus grands génies visionnaires du XXe siècle. Le titre de Dr honoris causa lui fut conféré en 1974, par l'université canadienne de Lethbridge, pour son approche pluridisciplinaire mêlant littérature antique, textes bibliques, rouleaux sacrés hébreux, archéologie, égyptologie histoire, linguistique, psychanalyse, biologie, astronomie, philosophie et études des religions comparées.

Mais avant cela, il fut l'homme le plus combattu et le plus censuré de tous les temps.

Né en Biélorussie en 1896, docteur en médecine, Velikovsky va se former à la psychanalyse après sa rencontre avec Freud. Bloqué aux Etats- Unis en 1939, il envisage d'écrire un livre sur Œdipe et Akhenaton. En tentant de synchroniser les chronologies des différents pharaons égyptiens avec les épisodes de l'histoire juive, Velikovsky se rend compte très vite du nombre de lacunes dans les chronologies officielles des historiens. Une sorte de catastrophe naturelle géante aurait eu lieu au moment de l'Exode et il se met à la recherche de tous les textes antiques de la planète.

medium_venus.jpgIl finit par mettre la main sur un témoignage égyptien qui confirme le récit biblique de l'Exode. Les mêmes phénomènes sont relatés dans le "Papyrus d'Ipuwer". Il découvre ensuite que le Moyen Empire égyptien a disparu, comme effacé de l'histoire. Intrigué par le silence des archéologues à ce sujet, il analyse le texte biblique de Josué qui décrit une pluie de météorites ainsi que le soleil arrêtant sa course dans le ciel. Persuadé alors qu'un cataclysme a ravagé la Terre, il focalise ses recherches dans les récits anciens, textes antiques, textes religieux, folkloriques. Là, il obtient enfin une vision d'ensemble. Tous ces récits pointent le doigt sur ce qui semble être à l'origine des catastrophes survenues : Vénus perturbant le système solaire et entraînant des cataclysmes sur terre.

L'exploit de Velikovsky fut d'avoir trouvé ce que d'autres n'avaient même pas essayé de chercher, et de montrer comment les catastrophes naturelles - principalement les collisions manquées de peu avec des comètes - marquèrent l'histoire humaine sans en appeler à Dieu, au paranormal ou aux extraterrestres. Aujourd'hui, ces idées sont devenues populaires par le biais de films catastrophe à succès, mais dans les années 50, ces thèses s'avéraient très dangereuses. Le malheur de Velikovsky fut d'avoir osé écrire sur l'astronomie alors qu'il n'était que psychiatre de son état.

medium_mondes_en_collision.jpgLorsque "Mondes en collision" est publié en 1950, l'ouvrage est immédiatement qualifié "d'hérésie" par la communauté des astronomes qui, affolée, entreprend un travail de sape dévastateur à l'encontre de Velikovsky. Les scientifiques se liguent pour empêcher la diffusion de ses livres, jetant le discrédit quant à son cursus universitaire, allant jusqu'à publiquement mettre en doute sa personnalité. Ils obtiennent qu'il soit censuré dans tous les médias. Les journaux spécialisés refusent de rétracter les faits erronés qu'ils avancent, les articles de Velikovsky sont rejetés sans être lus, et on ne lui permet pas de répondre à ses détracteurs.

En introduction de son second livre, "Ages in chaos", Velikovsky écrira, non sans humour, « [...] Ayant ébranlé la complaisante sérénité d'esprit d'un groupe puissant d'astronomes [...] j'offre ici une dispute majeure aux historiens. »

Son troisième livre, "Les grands bouleversements terrestres" sort en 1955, apportant des preuves, tant géologiques que paléontologiques, à l'appui de "Mondes en collision". En 1980, la déclaration de Sir Fred Hoyle, éminent astrophysicien anglais, éclaire un pieu mieux l'acharnement hystérique dont a été victime Velikovsky : « Est-il possible que Velikovsky ait révélé, disons d'une manière scientifiquement inacceptable, un fait que les astronomes se sentent obligés de cacher pour des raisons culturelles ? Est-il possible que quelque part dans l'ombre, gît un passé historique inadmissible à traiter ? La réponse est un "oui" évident. .[...] Mais les preuves de Velikovsky sont inacceptables. »

Dans la présentation de "Mondes en collision", édition 2003, il est écrit ceci : « Le trio mythique "Freud-Einstein-Velikovsky" est recomposé ; on pourrait aussi dire que le cerveau de Velikovsky est le résultat hallucinant de ce qu'aurait pu donner l'union intime entre Freud et Einstein ; Freud représentant l'irrationnel, l'inconscient, l'instinct et nos peurs ancestrales ; Einstein représentant la logique, les mathématiques, le rationnel, bref la science avec un grand S ; Velikovsky, dans une formidable intuition, s'est servi de l'un pour expliquer l'autre. Au lieu de considérer les rédacteurs des textes bibliques comme des demeurés avides de surnaturel, il a démontré comment les mythes religieux qui agissent en arrière plan proviennent tous des observations factuelles du ciel et des planètes. » Depuis Newton, les astronomes assuraient que la Terre se trouvait en sécurité. Lors de la publication de "Mondes en collision", les astrophysiciens affirmaient que ceux qui donnaient du crédit à la masse d'âneries écrites par Velikovsky n'étaient que de sinistres crétins. shoe.jpg

Mais en juillet 1994, tandis que tous les télescopes étaient braqués sur Jupiter, plus personne ne mit en doute le fait qu'une comète puisse frôler la Terre. Pour la première fois, l'homme assista en direct à l'incroyable collision entre une comète la "Shoemaker-Levi" et une planète de notre système solaire ; ce qui était dit impossible par les astrophysiciens se produisit ! Devinez alors qui furent les sinistres crétins !

Ce n'est là qu'une infime partie des déclarations du docteur Velikovsky qui, rappelons-le, influença le programme de la Nasa (plusieurs de ses suggestions ont été incluses dans le programme Apollo.) Il avait prédit notamment une température très élevée à la surface de Vénus, découvert la radioactivité sur la Lune, la magnétosphère de la Terre, et d'autres phénomènes encore qui, au fil des années et des avancées de la technologie spatiale, se sont avérés exacts.

En 1972, des courants se formèrent pour réhabiliter Immanuel Velikovsky, mais peu de choses avait changé en deux décennies, en dépit de l'appel à davantage de tolérance quant aux idées nouvelles, ces dernières continuèrent à se heurter, dans la presse scientifique, aux invitations à protéger l'intégrité de la science contre les escrocs. Lors d'un infamant symposium orchestré par les détracteurs de Velikovsky, en 1974, dont Carl Sagan disait qu'il en attendait un débat honnête et raisonnable, c'est tout le contraire qui se produisit. Dominés par l'animosité à son encontre, ils refusèrent d'entendre les orateurs qui lui étaient favorables ; Velikovsky se retrouva une nouvelle fois discrédité et son texte répondant aux critiques fut omis du rapport officiel.

medium_Luminet.jpgVelikovsky poursuivra ses recherches jusqu'à sa mort, le 17 novembre 1979, satisfait d'une chose : l'introduction d'une nouvelle génération d'historiens, d'astronomes, de physiciens planétaires qui, espérait-il, échapperait à l'étroitesse d'esprit de leurs prédécesseurs. Ce qui fut le cas pour l'un de nos astrophysiciens, Jean-Pierre Luminet, qui en 2002 écrivait : « Velikovsky souleva la colère des astrophysiciens qui clamèrent que Vénus n'avait jamais pu être une comète [...] Pour ma part, je n'ai aucune honte à dire que la lecture du livre hérétique de Velikovsky lorsque j'étais adolescent a puissamment contribué à ma vocation d'astrophysicien... »

Immanuel Velikovsky n'a eu qu'un tort : humilier les astrophysiciens de son époque alors que la course à l'espace n'avait pas encore commencé. Mais aujourd'hui encore, il semblerait que la communauté scientifique ne lui ait pas tout à fait pardonné d'être en avance sur elle.

Certes, on ne compte plus les réimpressions successives de ses ouvrages ; si vous tapez son nom sur les moteurs de recherche Google et FAST, vous trouverez respectivement 11.500 et 42.324 pages consacrées à ce génie visionnaire. Velikovsky est pourtant décédé avant l'apparition de l'internet et n'a fait seulement que deux apparitions télévisées. Mais ses livres continuent à être cantonnés au rayon "ésotérique" de nos librairies.

Frankie s'est alors souvenue de deux hommes qui s'opposèrent en plein siècle des Lumières.

« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que vous puissiez continuer à le dire » dira Voltaire à Rousseau.

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Pour en savoir plus sur les grands hérétiques de l’astronomie, open past :

 

 

05/02/2007

Frankie au temps de Jésus

medium_qui_vive.2.jpgDans l’affichage " Qui-vive ! " de la semaine dernière, on pouvait lire ce pourcentage (extrait d’un sondage CSA/La vie réalisé en décembre 2006) livré tel quel en bas de l’affiche : 29% des français croient que Jésus a existé. Ce qui a fortement interpellé Frankie. Présenté ainsi, sorti du contexte d’un sondage, cela laisse sous-entendre, pour qui n’approfondit pas, que 61% des français pensent que Jésus est un mythe. Or s’il l’on peut contester la notion de " divinité ", il semblait à Frankie que l’existence de Jésus ne pouvait être historiquement remise en cause. Alors Frankie est allée consulter le sondage et voilà ce qu’il en résulte : 25% des français sondés ne croient pas ou pensent que c’est peu probable que Jésus ait existé, 43% des catholiques pensent que c’est probable et non certain, et 16% se répartissent entre le peu probable et "il n'a pas existé".

Indépendamment du fait que l’on fait dire à peu près ce que l’on veut à un sondage, et que l’on peut bluffer les gens en extirpant un % hors contexte, Frankie medium_sondage.gifa décidé de vous entraîner dans un petit voyage dans le temps pour vous parler de la Palestine, au 1er siècle. C’est déjà à l’époque une terre d’instabilité et de désordre en proie à des luttes intestines entrecoupées de guerres et affaiblie par d’incessants changements de dynastie. Un royaume juif avant tenté plus ou moins de l’unifier au IIème siècle avant J.C. mais il restait fragile et offert aux convoitises de tout envahisseur avisé. Celui ci prit le visage de Pompée et cinquante ans avant la naissance de Jésus, la Palestine devint province romaine. Rome décida de confier la charge de gouverner à des rois " les Hérodiens " qui n’étaient pas juifs mais arabes. La situation en terre sainte était alors celle d’un pays en état d’occupation soumis à un régime militaire et les habitants, même s’ils purent conserver leurs coutumes et leurs religions, durent se plier à la loi de la toute puissante autorité romaine. C’est en l’an 6 après J.C. que les choses vont se compliquer dans un Etat organisé en provinces sous deux tétrarchies : la Galilée gouvernée par Hérode Antipas et la Judée, centre spirituel et séculier de la Palestine, relevant directement de Rome et administrée par un procurateur romain. Ce qui signifiait à l’époque des milliers de crucifixions, des taxes, des pillages et la profanation des temples : voilà comment commença le régime romain en Judée. Les juifs de la terre sainte étaient alors divisés en un grand nombre de sectes, dont trois importantes " les sadducéens ", membres pour la plupart de familles sacerdotales, conservateurs dans les domaines politiques et religieux, s’accommodant fort bien de la présence romaine. " Les pharisiens " intransigeants et formalistes passivement opposés à Rome et enfin " les esséniens ", austères, mystiques qui jouissaient d’une certaine influence.

Un groupuscule " les zélotes " fondés en l’an 6, va émerger. Ce n’est pas une secte mais plutôt un parti politique nationaliste et révolutionnaire, formé de pharisiens et d’esséniens, et qui par la suite prendra une part grandissante dans les affaires du pays ce qui mènera au soulèvement de la Judée contre Rome, en 66. Tentative inutile et désespérée qui se soldera pour la seule ville de Césarée par le massacre de vingt mille juifs. Au cours des quatre années suivantes, les légions romaines vont occuper Jérusalem, raser la ville, piller et incendier le Temple. Cette révolte de la Judée entraînera un premier exode des juifs hors de la terre sainte suivie d’un second en 132 consécutive à une nouvelle rebellion infructueuse.medium_Jesus_par_soeur_anna.jpg

La vie de Jésus se déroule donc dans un climat géo-politique et religieux tumultueux. Elle est marquée par d’inévitables symptômes psychologiques et culturels inhérents à de telles situations et notamment l’attente et l’espoir d’un messie qui délivrerait son peuple de l’oppression. Dans ce sens on peut logiquement avancer que l’attribution exclusive de ce terme à Jésus est le résultat d’une analyse incomplète des faits tant historique que sémantique.

Aucune notion de divinité n’est d’ailleurs, à cette époque, liée à celle du messie et les contemporains de Jésus n’auraient pas manqué de s‘étonner d’une telle association d’idée : messie se dit en grec " chariots " ou "christ" ; comme en hébreu, il signifie "l’oint de dieu" et s’applique à un souverain. Le nom "Jésus" vient de l’araméen "Yehoshuah", ou "Joshua" en grec c'est-à-dire "Yahvé sauve". Ainsi David lorsqu’il fut couronné roi devint explicitement un "messie" ou un "christ". En Judée, le haut prêtre désigné par l’administration portait également le titre de "prêtre messie" ou de "prêtre christ". Pour les zelotes et les opposants à Rome, il est clair que ces prêtres n'étaient que de faux messies. Le vrai messie tant attendu étant le "roi perdu" légitime descendant de David destiné à sauver le peuple de la tyrannie romaine. Cette attente allait atteindre des proportions d’un vrai délire collectif pendant la vie de Jésus, sans pour autant disparaître après sa mort. Messie strictement humain, attendu sous les traits d’un roi revêtu de l’onction et prenant le visage, dans l’opinion populaire, de libérateur politique. Bref, Jésus à l’origine était appelé "Jésus le messie" et c’est cette appellation purement fonctionnelle qui se déforma pour devenir le nom propre de Jésus Christ que l’église utilisera pour justifier sa divinité. (Et pour information le nom de Jésus le Nazaréen vient du nom d'un groupement mystique, et non pas de Nazareth, ville qui n'existait pas à son époque.)

Ernest Renan apporta en 1863 un éclairage nouveau avec la publication de "La Vie de Jésus", le présentant comme un "homme incomparable" mais doutant de l'authenticité des miracles qui lui étaient attribués, et en l'associant à l'activité des esséniens. Cela devait entraîner une polémique considérable parmi les milieux chrétiens conservateurs. En 1947, la découverte des rouleaux de la Mer Morte a apporté un éclairage incontestable, donnant en partie raison à Ernest Renan à propos des esséniens, et mettant en relief le rôle du "Maître de Justice". Authentifiés par la communauté scientifique, le Vatican, affolé à l'idée de voir le dogme s'écrouler, les qualifia "d'hérésie" et s’empressa de détourner ces manuscrits qui jette une lumière directe sur la période critique d'où émergèrent, il y a plus de 2000 ans, le christianisme et le judaïsme rabbinique.

Rebelle, homme de paix, homme politique, homme de foi, sage, martyr ?... medium_jesus10.jpgEn ce qui concerne la divinité de Jésus, elle est l’affaire de chacun à condition qu'elle ne soit pas prétexte à davantage d'exactions en son nom.

Frankie avait un excellent ami, un journaliste anglais qui a passé la plus grande partie de sa vie à enquêter sur le sujet. Lors d’une discussion Frankie n'a pu s’empêcher de lui faire remarquer que cela faisait quand même deux mille ans de mensonges. Il a souri et avec cette ironie " so britich " a répondu : " Je dirais plutôt deux mille ans de malentendus… "

 
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