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16/11/2009

Zarathoustra au pays de Groland

visuel je sauverai.jpg

Il est des romans qui vous soustraient de la grisaille quotidienne, des récits à la plume enchanteresse qui vous exaltent, des histoires qui perdurent douloureusement, des œuvres qui estampillent l'esprit ; enfin, il est des aventures littéraires dont peu d'auteurs sont capables d'accoucher de nos jours. « Je sauverai le monde » de Alain Lasverne qui paraît le 17 novembre est de celle-là.

UNIQUE, voila le mot qui s'est imposé de lui-même au dénicheur d'OVNIS (ouvrages volants non identifiés) de Kyklos Editions.

« Mais encore ? » a demandé Frankie.

« Un Zarathoustra au pays de Groland » lui a-t-on signalé.

« Ha bon ! C'EST QUI ? » a insisté Frankie. « Pas Zarathoustra ! L'autre ! »

« Selon le portrait robot communiqué par la police, Alain Lasverne serait apparemment un individu de sexe masculin. Il frôlerait un âge indéterminé, mais plus près du tiers que du quart. Sans rire, il aurait affirmé que les cinquante premières années sont les plus dures à passer. Son goût pour l'écriture est classé obsessionnel sur l'échelle de Richter par tous les critiques. Il aurait bâti, sur sa table à manger, six romans, une trentaine de nouvelles et une pelletée de poésies à coups de minutes volées à sa sinécure enseignante. "Forain en quête de pharaon", publié aux Editions Cylibris en 1998, aurait été un coup de cœur assure l'éditeur, disparu depuis. Un des derniers rapports du groupe d'intervention le montre à son bureau, toujours attelé à sa coupable turpitude. Après recoupements, il paraît établi avec certitude qu'il est né à Paris et a passé sa jeunesse à Montauban. Il vivrait aujourd'hui à Evreux. »

« C'EST QUOI ? » a encore insisté Frankie.

« La Terre est à l'agonie, polluée au dernier degré. Ultime recours, deux super-héros aussi célèbres qu'invincibles. Un seul suffirait naturellement, mais « on » a décidé d'en réveiller deux pour optimiser les chances des terriens et créer une saine émulation. Léger problème, le logiciel de langage fournit aux deux concurrents, un tantinet fossilisés par des années d'inaction, fait un peu des siennes. Mi-farfelu, mi-mutin, l'assistant, sans tomber cependant dans la rébellion ouverte. Chacun doit conter la tentative du compagnon et néanmoins adversaire, il faudra donc composer avec ce petit souci qui guette au coin des lignes. Ce n'est tout de même pas la fin du monde. Après tout, logiciel ou super-héros, chacun a bien droit à quelques humeurs.

Un super-héros ne saurait, de toute façon, perdre son calme pour un zeste d'ironie, qu'il émane d'un logiciel ou du partenaire.

D'autant que la mission s'avère peu aisée, les terriens formant une espèce peu respectueuse, rétive, et pour tout dire ingrate devant les efforts de la super puissance duale. Et le confort de l'hôtel laisse franchement à désirer, malgré la bonne volonté de la femme de chambre.

Une salve iconoclaste, humoristique et pas totalement insensée sur le pouvoir et ses avatars. »

Frankie a tenu à frotter ses synapses à ce texte pour tous et pour personne. Le contact fonctionnel s'est alors établi au moyen d'un signal de type gap-junction. Faut dire que lorsque deux super héros se mesurent pour sauver la planète, l'un doté d'une super-force, d'une super-vitesse, d'une supervision, d'une super-ouïe, d'un super-souffle, d'une super-mémoire, et l'autre, sorte de christ argenté, solitaire, rétif à la moindre intégration, dont le rôle consiste à faire des ronds sur une planche autour de la planète en se lamentant sur les affres de l'exil et sur l'ingratitude des humains, le potentiel d'actions vous fait tourner la tête ; ajouté à cela un bug dans l'actualisation du langage, une femme de ménage toquée de son tabouret, et vous serez propulsé à la vitesse supraluminique au cœur d'un univers tourbillonnant, à condition de laisser à l'auteur le soin de barrer ; si vous tentez l'échappée belle, celui-ci active vos neurotransmetteurs et vous récupère par la peau des fesses peu de pages après.

Si Alain aborde des sujets qui fâchent tels l'eugénisme, l'écologie, la politique, les médias, les religions, son thème central tourne en orbite autour de la violence innée de la nature humaine et ses instincts meurtriers sans cesse renouvelés, pour ne pas dires sournoisement magnifiés.

Aussi quand le planchiste scintillant entreprend de vacciner à tour de bras les humains pour améliorer leur condition physique, afin de les rendre encore plus forts dans l'espoir de les débarrasser de toute velléité belliqueuse, nous ne sommes hélas guère surpris d'assister à une surenchère de violence ; toute cette surpuissance apparaissant d'autant plus inutile qu'elle ne résout en rien les problèmes de ces zhumains irrécupérables.

Image hilarante, le Dalaï lama défiant Stallone au bras de fer sur le Potola : « ...[] il ne le battit pas. Il n'était nullement prévu que les hiérarchies naturelles soient bousculées. », comme nous le fait subrepticement remarquer l'auteur. « Mais il en est ainsi de l'humain, toujours à courir après le lièvre jamais rattrapé par la tortue. »

Cependant, sous le vernis d'un humour décapant, l'évocation sous-jacente d'une politique volontariste d'éradication des caractères jugés handicapants au profit des caractères jugés bénéfiques, ou encore celle d'une d'humanité que l'on doit à tout prix contrôler quitte à en sacrifier plus de la moitié, laisse entrevoir au coin des lignes la centralisation du pouvoir tant redoutée.

Tandis que la planète bleue s'enfonce sous l'eau et que les terriens se mettent la peignée, c'est au tour du super héros aux supers pouvoirs de s'y coller avec pour mission, cette fois, le super auto-nettoyage de la  Terre en vue de sauver l'espèce humaine. Mais auto-nettoyer les humains est une gageure.

Bref, la nouvelle chance, que nenni, l'humanité n'en veut point ! De quoi filer le bourdon à tous les super-héros !

On se demande finalement si le planchiste scintillant ne ferait pas mieux de livrer la Terre au dévoreur des mondes, tandis que le héros aux supers pouvoirs changerait le fond de son S en noir, signe de deuil, car de résurrection, il n'y aura pas.

Vous l'aurez compris, en dépit des sujets cruciaux qui y sont abordés, on y rit beaucoup ; on rebondit sans cesse sur les mots d'esprits  et autres néologismes de l'auteur ; puis, on grince des dents et, soudain, on se retrouve empli d'une infinie tristesse à l'égard d'une humanité qui ne peut plus compter que sur elle-même pour se sauver.

Alors, C'EST QUOI ?

C'est le pari fou d'un auteur qui nous conte la fable moderne du genre humain en nous laissant, en guise de présent, une dose d'humanité à défaut d'une injection reconstituante...

Mais C'EST QUI ?

Monsieur Lasverne, êtes-vous l'humanoïde argenté qui serait enclin à verser une larme pour le rachat de nos fautes ? Ou l'homme aux supers pouvoirs que l'humanité a fini par décourager ?

Les DIEUX... Oups ! Les DEUX... ETRE-PEUT ?!  C'est QUOI, c'est QUI ? Qui ça quoi ? J'ai les neuronès qui jouent des castagnettes...

Pourriez pas venir débrancher Frankie, M'sieur Lasverne ?

 

FIN

 

Je sauverai le monde de Alain Lasverne

(novembre 2009, Kyklos Editions)

Isbn 978-2-918406-05-1
194 pages -16€

 


 

 

 

 

 

02/04/2009

Mani, le magnifique

Dans son acceptation courante, le manichéisme est défini ainsi : « Conception qui divise toute chose en deux parties, dont l'une est considérée toute entière avec faveur et l'autre rejetée sans nuance. » En résumé, la tendance d'un individu à trancher mécaniquement, de façon rigide, sans admettre de continuum, ni de voie médiane, entre Bien et Mal, entre blanc et noir, entre souffrance et plaisir, est qualifiée de manichéenne. Dans les dictionnaires, la définition est la suivante : « Religion de Mani, fondée sur un strict dualisme opposant les principes du bien et du mal. » medium_mani.jpg

Par quelle étrange ruse de l'histoire le nom de Mani est-il devenu le symbole de la divagation intellectuelle et morale, cela reste un mystère !

Né à Ctésiphon (Mésopotamie) en l'an 216, peintre, médecin, philosophe oriental, Mani est à l'opposé des jugements tranchés et sans appel auxquels on l'associe. Sa vie, sa philosophie même, tolérante et humaniste, qui visait à réconcilier les religions de son temps, retracée par Amin Maalouf dans "Les jardins de lumière", lui valurent haine, persécutions et supplice. Ce Messager de Lumière que fut Mani, sept siècles après Bouddha, deux siècles après le Christ, quatre siècles avant Mahomet, incarnait le "réunificateur" de l'Orient et de l'Occident. Mani transmit une vision du monde et de la vie si puissante qu'elle se répandit, de manière totalement pacifique, de l'Afrique à la Chine, des Balkans à la péninsule arabique. Mani, homme simple, qui ne cache pas ses moments de doute, de découragement, et dont la force spirituelle ne dissimule pas les faiblesses inhérentes à sa nature humaine. Cette juste mesure du personnage, le talent de Maalouf à restituer l'atmosphère, les événements et les détails de la vie quotidienne de l'époque rendent le récit poignant à souhait.

Une telle clarté, une telle puissance suscitèrent évidemment l'adversité, la jalousie, la haine. Les religieux et les hommes de pouvoir, ne comprenant pas les paroles d'éveil de Mani, tentèrent de détruire sa pensée lumineuse. Une tradition arabe rapporte que lorsqu'on brûla les livres de Mani et de ses disciples, du feu jaillirent des pierres précieuses et s'écoula de l'or liquide.

medium_inquisition.2.jpgTout ce qui concerne le Maître spirituel Mani a été impitoyablement détruit : ses écrits et ses disciples ont fini sur le bûcher. Mais les mots, comme les êtres, ont aussi une histoire et recèlent des trésors de significations qu'une analyse minutieuse peut révéler. Un nom est une "signature". Celui de Mani renferme indéniablement les plus grands secrets, ceux qui ont trait aux mystères de l'Esprit et de l'homme intérieur. Même s'il est difficile pour les historiens de reconstituer sa biographie, Amin Maalouf parvient à nous donner une idée de la profondeur de cette philosophie exceptionnelle s'appuyant sur la compréhension et l'acceptation de la différence, qui, si elle s'était imposée au travers des siècles, nous aurait épargné les millions de victimes de toutes les guerres de religion, de l'Inquisition, des procès en sorcellerie, des pogroms, de l'holocauste et du sionisme, et autres sanglants massacres dont l'animal humain possède le secret. Qui mieux que l'auteur libanais, né dans un pays déchiré par le fanatisme pouvait raconter l'histoire de Mani que les Chinois nommaient "le bouddha de lumière". Un livre qu'il faut avoir lu, qu'il faut offrir autour de soi, car le message d'Amour qu'il recèle doit être entendu de tous.les jardins.gif

Formulons l'espoir que l'évocation de l'enseignement, qui prit forme en l'œuvre de Mani le Vivant, tout au moins ce qu'on peut en deviner après tant de siècles d'oubli, ne soit plus jamais associée au mot "manichéisme". Que cette interprétation soit bannie de nos mémoires et de tous les livres qui la perpétuent.

Cela changera-t-il quelque chose aujourd'hui ? Sans soute pas. Mais dans quelques générations, le nom de Mani et son message auront peut-être suffisamment cheminé dans les esprits, pour que les peuples en viennent enfin à ce que leur religion ait pour nom : cohabitation !

 

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Paru aux Editions Kyklos le 27 mars 2009

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