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09/01/2007

Frankie et les autres...

medium_sanstitre1custom2dy.2.jpgFrankie s'interroge depuis quelques jours sur les rapports humains, sur ces échanges que l'on voudrait harmonieux mais qui souvent dérapent et se retournent contre nous, nous amenant invariablement à blesser l'autre... les autres. Ou à l'inverse, à se sentir menacé ou rejeté. Parfois le manque de confiance en soi et, paradoxalement, le plus souvent la haute idée que nous avons de nous-mêmes, nous font nous enliser dans un marécage de psychodrames et d'interrogations stériles sans fin. medium_390504.2.jpgLa difficulté réside dans le fait de faire abstraction de notre histoire personnelle afin de parvenir à une compréhension plus large du monde et fatalement des êtres humains qui le composent.

Et pourquoi est-ce si difficile ? Parce qu'il y notre foutu ego, l'orgueil qui va avec, les projections que nous faisons inconsciemment  (ou pas)  et l'attente qui s'en suit. Pas si simple, tout ça !

Et naturellement, Frankie s'est souvenue de cette phrase de Jean-Paul Sartre, sujet de philo récurrent : "l'enfer, c'est les autres". Et elle a pensé que le texte dit, par Jean-Paul Sartre, en préambule à l'enregistrement phonographique de sa pièce, exprimait clairement la confusion dans laquelle nous nous débattons.

()...J'ai voulu dire : l'enfer, c'est les autres. Mais "l'enfer, c'est les autres" a toujours été mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'étaient toujours des rapports infernaux. Or, c'est autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut-être que l'enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont au fond ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons ses connaissances que les autres ont déjà sur nous. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné de nous juger. Quoique je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui. Et alors en effet je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu'ils dépendent trop du jugement d'autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu'on ne puisse avoir d'autres rapports avec les autres. Ça marque simplement l'importance capitale de tous les autres pour chacun de nous.

medium_sartre_profil.2.jpgDeuxième chose que je voudrais dire, c'est que ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnages que vous entendrez dans Huis Clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes vivants et qu'ils sont morts. Bien entendu, ici "morts" symbolise quelque chose. Ce que j'ai voulu indiquer, c'est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d'habitudes, de coutumes, qu'ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu'ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts. En ce sens qu'ils ne peuvent briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes ; et qu'ils restent ainsi victimes souvent des jugements qu'on a portés sur eux. A partir de là, il est bien évident qu'ils sont lâches ou méchants par exemple. S'ils ont commencé à être lâches, rien ne vient changer le fait qu'ils étaient lâches. C'est pour cela qu'ils sont morts, c'est pour cela, c'est une manière de dire que c'est une mort vivante que d'être entouré par le souci perpétuel de jugements et d'actions que l'on ne veut pas changer. De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants, j'ai voulu montrer par l'absurde, l'importance chez nous de la liberté, c'est à dire l'importance de changer les actes par d'autres actes.

Quel que soit le cercle d'enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c'est encore librement qu'ils y restent. De sorte qu'ils se mettent librement en enfer.medium_autrui1vy.2.jpg Vous voyez donc que, rapports avec les autres, encroûtement et liberté, liberté comme l'autre face à peine suggérée, ce sont les trois thèmes de la pièce. Je voudrais qu'on se le rappelle quand vous entendrez dire : "l'enfer c'est les autres." (extrait - 1965)

Et si définitivement, nous n'y arrivons pas, il nous reste l'espoir qu'au paradis, les autres n'y seront pas.

medium_enfer.jpg

Excepté si le paradis, c'est l'enfer !!!

 

 

Commentaires

J'ai peut etre rien compris, mais... Je ne suis pas satisfait.


Nous sommes dépendants du regard des autres pour nous connaître.
Si on entretient trop de rapports mauvais avec autrui, et qu'on accorde trop d'importance à leurs jugements, on est condamnés à vivre un enfer : "Or, c'est autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut-être que l'enfer."

La solution qu'il préconise, c'est en quelque sorte de changer de comportement pour changer le regard d'autrui :
"Ce que j'ai voulu indiquer, c'est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d'habitudes, de coutumes, qu'ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu'ils ne cherchent même pas à changer."


D'une certaine manière ca me semble assez contradictoire avec ce qu'il dit quelques lignes plus haut : "Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu'ils dépendent trop du jugement d'autrui".


J'ai l'impression que la solution qu'il préconise (utiliser sa liberté pour changer de comportement et ainsi agir sur le regard d'autrui) aurait simplement pour effet de remplacer un enfer statique (du à l'inertie de nos habitudes, qu'il appelle également "l'encroutement") par un enfer dynamique dans lequel nous serions esclaves du regard d'autrui et contraints de s'y adapter en permanence, y compris pour plaire à des personnes aux opinions diametralement opposées.


Remplacer un enfer par un autre, voila une idée qui n'est pas tres engageante...


J'ai l'impression que pour briser ce qu'il appelle les "cercles d'enfer", il conviendrait plutot de trouver le moyen de faire un travail sur soi, qui nous permette de nous juger nous-même honnêtement, tout en atténuant la dépendance que nous avons vis à vis du regard d'autrui. Vaste programme...

Écrit par : Fares | 20/06/2007

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